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Full text of "L'escalade: trois récits"

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L'ESCALADE 





TROé^ RÉCITS 



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H. DENKîKOliR. A GUILU' i 
Ûi- GOTH 




OFFERT A LA JEUNESSE GENEVOISE PAR LE CONSISTOIRE 
ET LA COMPAGNIE DES PASTEURS DE L'ÉGLISE NATIONALE 
PROTESTANTE DE GENÈVE. 

Ch. EGGIMANN & Cie 
EDITEURS ^ GENÈ^goQle 



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L'ESCALADE 



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1 



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L'ESCALADE 



TROIS RECITS 



PAR 



H. DENKINGER, A. GUILLOT, Ch. GOTH 



Avec use Préface par E. LATOUR 

Des vers par Ch. BONIFAS, D, DELÉTRA, X-L. BOISSONNAS, 
H. RCEHRICH 

Et des Docameûte ïccueLltis par J.-Eug. CHOIS Y 

niusirations de Ph. SEREX 




Ch. EGGIMANN Jk Cie 
ÉDITEURS'" GENÈVE 

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^^\ \\KM.\^^ 




*v*ACt7ut ^ U"^ 



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PREFACE 



c Heureax les peuples qui n'ont pas d'histoire! » que de 
lois n*avoift-nous pas entendu des gens fort honorables 
laisser échapper cette exclamation et^ l'adoptant comme 
règle de leur vie, ne les avons -nous pas vu se complaire 
dans l'inaction et rester à l'écart de toute préoccupation, de 
tout mouvement étranger à leur métier ou à leur profession. 
Leur idéal est de ne penser qu'à soi, d'éviter les responsa- 
bilités, de fuir tout contact avec leurs semblables de peur 
qu'un surcroît de besogne, qu'un travail parfois difficile, 
ingrat, mais qu'ils sont les premiers à reconnaître utile, ne 
vienne troubler leur quiétude égoïste. 

Oh 1 si tu as de telles pensées, ami lecteur, je t'en prie, 

ouvre ce petit livre et lis mais lis avec ton cœur, puis 

écoute sa voix : 



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ft TRÉFACE 

< Crais-tu qae cette mtmis^al© Genève du XVII« ^iiècle, 
dont lea faits glorieux viennent de se dérouler «levant te^ 
yeux, ne posaMait que des citoyens imbns de la vérité de 
cette maxime : t Heureux les peupki qui n*ùni pag d'hU- 
ioire * f 

* Etaient-ils des indifférents ces hommes, qui pour gar- 
der cette glorieuse Réforme, oeuvre de leurs pères, préfé- 
rèrent une vie austère et modeste semée de périls et de sa- 
crîticesaux richesses que leur promettait la position géogra- 
phique de leur ville. • 

i ConstaDomect en éveil ces tièros ne durent -ils pas, par 
amour de rindépendanœ et de la liberté de pensée, renon- 
cer aux biens iiiaténels de ce monde? * 

* Regretterais-tu peut-être les temps passés, la petite ville 
étroite et mystérieuse, aux vieux murs crénelés, ses portes 
fermées k Za tombée de la nuit, les relations intimes des 
citoyens d'alotis, leur communion d'idées. , , que sais- je 
encore? i 

ft N'estimerais- lu pas opportun qu'à Fheure actuelle ta 
ville, li Genève cosmopolite adresse un pressant appel k ses 
enfants? i 

1 Ecoute donc, ne l'entends-tu pas te dire : Dieu a donné 
à ta patrie la merveilleuse beauté d'une nature incompara- 
ble qui attire sans cesse les étrangers de toutes les régions ; 
retenus par le charme de ce coin de terre, ils veulent dans 
cet atmosphère de liberté installer leur famille, voir gran- 
dir leurs enfants. Eh bien l loi, citoyen de celte terre privi- 
légiée, quel est ton devoir ? Dieu eji te faisant naître et 
vivre dans cetle vallée sans pareille n'exige-t-il rien en re- 
tour ? Si ton pays séduit ï*ét ranger, efforce-toi aussi d'exercer 
une influence salutaire sur le nouveau venu, sots accueil- 
iantj sois ai niable ; démontre que le Créalenr n'a pas corn- 



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PEŒFACË T. 

blé UQ ïDgrat de lels privilèges, entreprenils, fais l'escalade 
des cœurs. * 

Lis et pelis cet opuscule que t'olTre aolre vieil te Eglise 
n a lion a le, témoin encore vivant de cea temps héroïques ; 
puis médile et acceple pour toi- marne la leçon nécessaire ft 
notre époque de mollesse, de laisser-aller, de scepticisme, et 
souviens- toi de cette parole adressée ï Jean -Jacques par sou 
père : Aime bien ton pays *... sans oublier le comman- 
dement capital .>*.. Dieu et ton prochain comme toi- 
mâme. ■ 

Ëd. Lâtodr 

Préside fit du Cotjgîstoire 




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I/'Ange du Seignetir 




' OMMB on récif étroit seul sur la mer triiilresse 
Et que le flot couvre et découvre lour à lour^ 
Dans la pîaine, la ville humble et tière se dresse 
Vigilante^ un soldat veiNanl dauE» chaque tour. 

Mais elle a peu de toars, et ceux qui la défendent 
Sont quelques-uns^ bien que vaillants et résolus, 
Et Tennemi nouibreux dont j^rossissent les bandes, 
En un moment, pourrait les uoyer sous sou flux! 

Il ne peutj cependant ! car une main l'arrête, 
Hésitant et craintif, au pied des vieux remparts î 
Et Tassaul préparé longtemps comme une fête 
S'écroule dans la nuit qui reçoit les fuyards j 

C'est TAiige du Seigneur qui fut ainsi propice ; 
C'est sa main qui brisa l'affreux rûve de sang. 
Et qui n'a pas vouln q«e la vague engloutisse 
Le récif où hri liait le phare éblouissant I 



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1 



«.Coo,e _ ! 




^vant r€lscaladc 



PAU 

H. DËNKmaEit 



INTRODUCTION 




'Escalade tentée le 12 décembre 1602 
parle duc Cliarles-Emmanuel de Sa- 
voie contre Genève, ne doit pas Ôlre 
^s^p^sssrs^m ^oïisidérée comme une action niili- 
tîiire isolée» A ce point de vue elle perdrait sa 
valeur et sa significiition profonde, elle ne serait 
qu'une escarmouche de peu d'importance, nous 
n'aurions aucune raison sérieuse de la célébrer par 
des commémorations et des jubilés. 

Mais elle est plus que cela dans notre liisloire 
nationale, elle est le dénouement d'un drame sécu- 



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..._. J 



^ 



fff INTfiODLXnOîï 

laire dont Genève el les ducs de Savoie ont été les 
acteurs. Lutte inégale entre des princes dont la pnis- 
sance n'a cessé de grandir avec les siècleS; et une 
petite ville sans territoire ni défense naturelle. 

A nous protestants, elle raconte la protection 
manifeste dont Dieu n'a cessé de couvrir noire cité 
dès les temps les plus reculés, etriiéroïsme civique 
de ses enfanls dont nous n'imiterons et n'admire- 
rons jamais assez l'exemple. 

Si VEscalade avait réussi, c'en était fait de la 
Rome protestante. Le but du duc éiaitj en elïetj la 
destruction du foyer de Thérésie calviniste; pour 
pri^ de ce forfait il eut été, enfin, prince de Genève. 
Mais Dieu veillait sur la cité endormie ; il n'a pas 
permis que cette tentative criminelle fût couronnée 
de succès. Ce qui devait détruire à tout jamais l'indé- 
pendance de Genève, établie et sauvegardée par ses 
citoyens au prix de sacrifices énormes et sans nom- 
bre, n'a fait, en définitive, que la consolider. A 
partir de ce moment, notre ville a pris un essor 
nouveau, elle a pu poursuivre dans le monde son 
rôle civilisateur* 

Il est donc nécessaire, avant d'aborder le récit de 
celte nuit mémorable, d'esquisser à grands traits ce 
qui a précédé l'Escalade : les ambitions de la mai- 
son de Savoie, ses attaques contre l'indépendance 
de Genève, les traités de comboïirgeoisie aii moyen 



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INTRODUCTION 



M 



desquels les citoyens ont pu la défendre efïîcace- 
menC, la guerre enfin , qui diminua le territoire 

dépendant de la ville, et les traités sur lesquels nos 
ancêtres pensaient pouvoir se lier quand iis furent 
lrailreu.-*eraent attaqués. C'est ce que nous allons 
faire dans les pages suiTantes. 




L 




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CHAPITRE PREMIEK 

Les AMBITlOriS D£ LA MAISON DE SaVOIEI 



Àmédée F de SaDoie &* empare du ckiHeavi^ de l'Ile, — Ses fils 
détruisentle château du Bourg -de- Four. — Amédée VI 
obtient le vicariat de V empire. — Amedée VIII achète le 
€omtê de Genevois et devient duc. — Le duc Louis prive 
Genève de ses foires. — ï^es prétentions de ïè\>êtiue Jean- 
Louis de Savoie. — Réception du duc Chartes l^^. — Les 
exactioïts du duc Philibert IL 



ES démêlés des citoyens avec la mai- 
son de Savoie remonlenl aux origines 
:méme de la communaulégenevoise. 
Ce fut à l'occasion d'un traiLé défen- 
^sif. conclu en ^285 avec le comte 
Àmédée V de Savoie, que les bourgeois Je la ville se 
syndiquèrent. Ils choisirent des représenlunts, les 
syndics, ei firent graver un sceau: ju.^qii*alors on 
s'était servi de celui de Tévèque pour tous les actes 




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AVANT l'escalade 19 

publics concernant les habitants. Par ce traité le 
comte s'engageait à défendre ses alliés contre [es 
attaques du comte de Genevois dont le territoire 
enserrait la ville. Deux ans plus tard, il infligeait à 
celui-ci une grosse défaite, et^ sous prétexte d'in- 
demnité de guerre^ s'emparait du cliâteau de llLe. 
que son antagoniste vaincu tenait enfïef de l'évéque, 
GuiUaime de Conflam fut obligé, bien qu'à contre- 
cœur, de laisser ce château au comte de Savoie, 
ainsi que la charge de vidomne, que ce dernier et 
ses successeurs firent exercer par des lieutenants 
pendant 237 ans, jusqu'à la suppression de cette 
fonction par le conseils Comme on le voit, pour 
tout, bénéfice, les Gcneyois avaient introduit dans la 
place un ennemi qui, dès lors jusqu'en 460â, ne 
cessa d'intriguer pour s'emparer de la souveraineté 
de la ville. Le comte de Savoie, de son côlé, avait 
réussi à se saisir de toute une série de châteaux au 
moyen desquels il établit des communications entre 
ses différents états. Il s'imaginait venir facilement. 
à bout de Genève. Comme le comte de Genevois 
avait reçu de Tévêque, pour Tindemniserj le châ- 
teau du Bourg-de-Four, les fils d'Amédée Y crurent 
agir dans leur intérêt en détruisant cette propriété 
de Tennemi et en la pillant (1320). Les suites de cet 
exploit furent eïlrémement pénibles pour Genève^ 

* Le vidomne était l'officier de ïa basse juâtice ; tout se faî- 
ijail verbalement k son (ribiiiiaJ.jn ae pouvait garder pUis de 
vingrt- quatre heures un accui&i^ ea prison piéventive. 



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20 AVANT l'escalade 

dont les environs furent dévastés par la guerre; 
la famine s'ensuivit. Leâ coupables durent payer 
une indemnité au comte de Genevois, mais le châ- 
teau ne fut pas reconstruit (13^9). 



* 
* 



Sous Amédà' Vf; dit le comte Vert, la puissance 
de la maison de Savoie grandit considérablement. 
Il acquit le pays de Vaud et la principauté de Pié- 
mont. Aasfti lui sembla-l il tout naturel de faire de 
Genève sa capitale. Pour cela^ prolilant d'un séjour 
de l'empereur Clmrles IV à sa cour, il se fit donner, 
grâce â des instances répétées, le vicariat* de Tem- 
pire (136b). Celte dignité lui mettait en mains la 
direction d*un certain nombre de villes impériales, 
au nombre desquelles il crut pouvoir ranger Genève. 
Pour cacher celte usurpation manifeste de pouvoir, 
il fit élaborer un projet d'Universilé dont il voulait 
doter la ville et s*en déclara le protecteur, puis il 
s*empara de la juridiction temporelle de Genève, 
qu'il garda pendant plusieurs années. L'évêque 
Quillaume de Mareossej/, ayant réussi à démontrer 
ses propres droits à Tempereur, celui-ci, irrité 
d'avoir été joué par le rusé Savoyard, non seule- 
ment lui retira le vicariat de Tempire, mais, par un 

^ Le vicaire de l'emperetir repr^seatah celui-ci dans les pays 
auiqiiëlâ on là prépoâaJt. 



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AVANT J/ESCALADE %\ 

lACle donné â Prague le S6 février 1367, reconnut que 
sa bonne foi avait été surprise par le comte de 
Savoie el qu'il ne voulait toucher à aucun des droits 
de révoque. Cependant Amédée VI ne se démit de 
la juridiclîon temporelle qu'en 1371 ; pour obtenir 
ce résultat, le pape Grégoire XI dut i'excommunier 
et mettre Tinterdit sur la ville. Pour la seconde fois 
rindépendance de Genève était sauvée. 



* * 



L'ambition des comtes de Savoie reçut une impul- 
sion nouvelle à la lin du XIV'' siècle, La maison de 
Genevois s'éteignit el Amédée VIIl acbeta le comlé 
pour la somme de 45,000 francs d'or (U01). Comme 
son père, il s'était fait octroyer le vicariat de Tera- 
pire peu auparavant. L'évÊque Guillaume de Lor- 
nay, soucieux de ses droilSj avait obtenu de l'empe- 
reur Vencedm une bulle en faveur de rindépen- 
dance de Genève. Toutefois la situation devenait 
grave pour la ville désormais comme enclavée 
dans les terres de Savoie. Le comte le savait, aussi 
profita-t-il de son avantage pour extorquer aux 
Genevois de fortes sommes que ceux-ci n'osaient lui 
refuser. En U16, lors du passage de Tempereur 
Siffùmond à Cliarabéry. la Savoie fut érigée en 
duché. Amédée VIII crut le moment favoi-able pour 
demander au pape la permission d'acbeter de Tévé* 



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W AVANT r/lSCALADB 

que la souveraineté de Genève. Jean de la Roche- 
taiUée ne se laissa pas dépouiller, bien que le duc 
lui offrît une forte somme s'il acceptait. Il convoqua 
le Conseil général et dit aux citoyens de protester, 
ce qu'ils iîrent de concert avec les chanoines de 
la cathédrale. La troisième tentative d'usurpation 
de pouvoir ne réussit donc pas -mieux que les 
précédentes. Le pape Martin V confirma les libertés 
et privilèges de Genève (1424), 

Amédée VIII de Savoie a eu la carrière la plus 
extraordinaire qu'on puisse concevoir. Il passa suc- 
cessivement par quatre états différents. Il était né 
comte, il devint duc, puis, comme la chrétienté était 
divisée au sujet de la papauté^ il ambitionna de 
ceindre la tiare pontificale. Pour arriver à ses fins, 
il se démit de sa couronne en i 434, et se retira avec 
quelques chevaliers dans un ermitage qu1l avait 
fait construire à Ripaille près de Thonon. Cinq ans 
plus tard ses intrigues et surtout son argent rame- 
nèrent au but désiré ; il fut élu pape, sous le nom 
de Félis V. par le concile de Baie, Déposé en U49, 
il prit rang de cardinal. Ayant beaucoup dépensé en 
vue de son élection^ il se réserva le revenu d'un 
certain nombre d'évéchés, entre autre de celui de 
Genève qu'il administra jusqu'à sa mort. Soit que 
ses projets grandioses l'eussent détourné du but 
poursuivi depuis plusieurs générations par sa 
famille, soit qu'il crut désormais tenir le sort de 
Genève dans sa mnin. il n'entreprit rien contre son 



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AVANT l'escalade %3 

indépenilance dans la seconde partie de sa carrière, 
A partir de ce moment jusqu'à la Réformât ion, le 
siège épiscopal de Genève fat toujours occupé par 
des membres de ta maison de Savoie ou par leurs 
créatures . 






A Félix V succédèrent comme évoques deux de 
ses petits-fils, Pim^e d'abord^ à l'âge de huit ans* 
r/admifiistrateur de révêchétentaà plusieurs repri- 
ses de livrer la souveraineté de Genève au duc 
Louù, Ce dernier, giiand il voulait venir séjourner 
en ville, devait officiellement en demander la per- 
mission à révéque. son fils, qui était un petit gar- 
çon. Les citoyens, pour défendre la ville et veiller à 
sa sûreté, créèrent le Conseil des Cinquante (1457) 
qui dans la suite devint celui des Deux-Cents. Cela 
n'empôclia pas le duc Louis de poursuivre ses pro- 
jets. Pour forcer les citoyens à se soumettre, il 
intercepta un beau jour les vivres que les campa- 
gnards venaient apporter en ville. Il fallut lui don- 
ner ÏOOO êcus pour qu'il révoquât cet arrêt. Les 
demandes d'argent étaient renouvelées parle duc a 
chaque instant- Louis était faible de caractère; il 
vivait en mauvaise intelligence avec ses enfants, 
c'est ce qui sauvegarda la ville* Pour échappei' aux 
violences de Philippe de Brfis^e, son fils, le duc de 
Savoie quitta Thonon où sa vie était en danger, et 



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i 



\^ 



Si AVAMT l'escalade 

demanda aux syndics de Genève la permission de 
s'établir au couvent des Cordeliers. à Rive. Son fils 
vint Vy menacer. Furieux de ce qu'on Tavait laissé 
pénétrer dans la place, le duc s'en alla et persuada 
à Lotiis A7, roi de France, de transférer ailleurs les 
foires Qui jusque là avaient eu lieu à Genève. Dé- 
sormais on les tint à Lyon. Ce transfert porta un 
coup sensible au commerce genevois. En recon- 
naissant le duc pour leur souverain, les citoyens 
auraient pu recouvrer ce privilège et s'enrichir; ils 
préférèrent la liberté (H6S). Leduc Louis de Savoie 
et sa femme Anne ik Ckifpre, furent inhumés au 
couvent des Cordeliers. revêtus de l'habit de Saint- 
François, dans une chapelle qu'ils avaient fait cons- 
truire à cet effet. 






A révoque Pierre, gui mourut en bas-âge, succéda 
son frère Jean-Louis de Savoie. Ce prélat sut bien 
défendre sa principauté contre ses proches, mais 
tourmenta ses sujets par les prétentions les plus 
exhorbilantes. Son frère, le comte de Romont, ayant 
pris le parti de Charles4e Téméraire, il voulut for- 
cer les Genevois à lui fournir un contingent de 
2000 hommes. On parvint à grand peine à en équi- 
per et entretenir six cents. Cette condescendance 
forcée faillit coûter cher. Les Bernois furieux enva- 



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AVANT LËSCALADS î& 

hirent VElat de Vaud, saccagèrent tout jusqu'à 
Nyon< Pour raclieler fJenéve du pillage^ il fallut 
payer une rançoa de 28000 écus, qui représentait 
la huitième partie de la fortune totale des habi- 
tanls ^U76), 

La fln du quinzième siècte fut triste de toutes 
manières pour ies Genevois- La succeî^sion del'évê- 
que Jean-Louis provoqua une petite guerre entre 
ses corapéli Leurs. François de Savoie, que le peuple 
désirait, eut le siège. Il sut protéger la ville contre 
les tentatives d'usurpation du duc; mais, pour prix 
de ses services, il se fit remettre à tout moment des 
sommes considérables, bien qu'il sut la ville réduite 
a une extrême misère. Amis ou ennemis, ceux de la 
maison de Savoie ont toujours occasionné beaucoup 
de dépenses à nos anci?tres. 

Pnis_ malgré une disette récente, il fallut recevoir 
magnifiquement le duc Charles /«^ qui eut la fantai- 
sie, en U84; de montrer la ville à sa jeune épouse, 
sans doute avec l'arrière- pensée qu'elle serait un 
jour leur résidence. Malgré leur misère, les Gene- 
vois firent bonne raine à mauviiis jeu- 

Ils ne reculèrent pas non plus devant les lourds 
sacrifices pécuniaires que leur occasionnèrent les 
fréquents séjours du duc Ph\UberL Ce prince était 
sous Tinfluence pernicieuse d'un demi-frère, René, 
ennemi déclaré de Genève. Celui-ci. alors que sous 
divers prétextes il saignait à blanc la bourse des 
citoyens, leur faisait chaque fois entrevoir tous les 



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2G 



AVANT J/BSCALADE 



avantages dont ils jouiraient en se soumettant au 
duc. Par ces exactions répéléesj il aurait presque 
détruit l'indépendance de Genève sans Théroïsme 
de ses habitants (1498)» Honneur à ces hommes qui 
préférèrent la pauvreté k la servitude! 




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byGoO 




CHAPITRE n 
La lutte et les combouaPtEOIsies 



Charks Ili. — Fuite de Bi^rtMier. — Prejjnère allianci 
avec Fribourg. — Jean de Savoie cède la souveraineté. — 
Mameîui et Eignots. — Guerre des harengs . — Hupture 
de Vaillance. — Séjour du duc à Genèm. — Affaire de 
Boukt, — Conseil des hallebardes. — Combourgeotsie avec 
Berne et Fribourg.— Les gentilshommes de la cuiller.— 
Nuit des échelles, ^ Bonirard à Chilion. — Arréi de 
Saint- Julien. — Seconde escalade. — L« Bernois secou- 
rent Genève. 

VEC Vavénement tle Charles III tle 
Siivûie (i504), la luUe devient tragi- 
ijQe ; à aucun momenl Genèye ne fut 
plus près de perdre son indépen* 
dance. mais quand tout semblait 

perdu, Dieu suscita à nos ancêtres des alliés donL la 

fidélité les sauva. 




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tft ÀVANI l'escalade 

A peine sur le Irûne^ le duc, en guerre avec les 
Valaisans; demanda au Conseil un secours de cent 
vingt iioiumes. Puis, enliardi par le succès, il voulut de 
l'îirtillerie. Celle fois il essuya a deux reprises un 
refus- Cmn des magistrats qui en avaient été les 
instigateurs, craignant le ressentiment du prince^ 
s'enfuirent à Fribourgj où ils se firent recevoir 
bourgeois; de ce nombre étaient Lévrier et PhiUbm^t 
BertheUer. Cet événement fut l'origine des corabour^ 
geoisies conclues dans la suite. Après le départ des 
fugitifs, le duc réussit â se faire octroyer rarlillerie 
demandée. Pour avoir un auxiliaire dans la ville, il 
fit nommer Jean de Garnie vicaire général de Tévê- 
que. Le prélat, dés son arrivée, fil incarcérer 
Lévrier qui venait de rentrer à son foyer. Sans 
l'intervention des Fribourgeois, il est probable que 
les syndics n'auraient pas obtenu Télargisseraent de 
ce patriote. 

La situation s*aggrava par le séjour que le duc fit 
à Genève. Il y vint le 6 avril 1o06; on fit des ré- 
jouissances publiques en son lionneur; on lui offrit 
des présents de même qu'à sa suite. Selon Tusage, 
les syndics lui demandèrent de jurer Tobservation 
des francbises de la ville. Il ne se décida à le faire 
qne lorsqu'il vit ces magistrats sur le point de s*en 
retourner avec le daisd'bonneur qu'ils avaient cou- 
tume de porter sur la tête des hôtes couronnés. 
Mauvais présage^ qui assombrit la figure des repré- 
sentants du peuple. On n'ajouta guère foi aux décla- 



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AVANT l'escalade JW^ 

râlions qu'il fit peu après de respecter les droits de 
révéque et rindépendance de la communauté. Les 
événements prouvèrent bientôL qu'il était au con- 
traire décidé à tout entrepi-endre pour s'emparer 
de la souveraineté de ta ville. 

De janvier <5H auUjuin 15t2, nouveau séjour 
du duc à Genève. Il eut plusieurs contestations avec 
les syndics an sujet des fortifications et du droit de 
grâce qu'il prétendnil posséder. Les gens de sa suite 
se permettaient toules sortes d'excès qui demeu- 
raient impunis. Quand il fut parli, il fit offrir le 
rétablissement des foires si la communauté lui prê- 
tait serment de fidélité. Les Genevois tentèrent de 
recouvrer ce privilège à meilleur compte, toutefois 
ces négociations n'aboutirent pas. Entre temps, les 
relations de la ville avec le duc se gâtèrent; les 
sjndics avaient fait emprisonner le vidomne Ami 
Conseil coupable d'abus de pouvoir. Charles 111 vint 
exprés à Genève pour cette alTairOj le 25 février 
i5i3; il aurait voulu que févèque enfermât tous 
ceux qui y avaient trempé. Irrité de la résistance 
qii*il trouva chez ce dernier, il lui dit un jour : « Je 
vous ai fait d'abbé évèque, mais je vous ferai d'évè- 
que le plus pauvre prêtre qui soit en votre diocèse. » 
Cependant il ne put mettre cette menace à exécu- 
tion, car le prélat^ Charles de Seynaef., mourut bien- 
t(3t après. Quoique le chapitre eut clioisi pour lui 
succéder t'ahhé de Bonmont, Ciiarles fil obtint du 
pape la nomination de Jean de Sawie, auparavant 



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30 AVANT l'escalade 

vicaire général, qui lui était entièrement dévoué. 
Ils s'entendirent pour la cession du droit de souve- 
raineté. En 1515, le frère de Léon ^épousa la sœur 
du duc. Profilant de ce mariage, Charles fit ratifier 
par ce.pape la cession ainsi obtenue. Heureusement 
pour Genève, le collège des cardinaux, gardiens 
jaloux des droits de l'Eglise, s'opposa au transfert 
de pouvoir car aucune cause valable de changement 
ne s'était produite. Les citoyens, comme on peut 
aisément comprendre, furent fort agités à cette 
nouvelle. L'évéque ne récolta pour sa trahison que 
haine et mépris. 






Cet échec ne découragea pas le duc ; battu sur un 
point, il chercha d'aulres moyens pour arriver au 
but de ses convoitises. Pour comprendre les événe- 
ments de celte époque, il est nécessaire de men- 
tionner ici les deux partis politiques qui séparaient 
les citoyens en groupes hostiles. C'étaient d'un côté 
les Mamelus^ ou partisans de la maison de Savoie, 
et les Eignots qui s'étaient engagés par serment à 
défendre jusqu'au.sacrifice de la vie l'indépendance 
de la patrie. A la tôle de ce dernier parti se trouvait 

' Nom qu'on donnait aux soldats qui renonçaient à la foi 
chrétienne pour entrer au service du sultan. 



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AVANT l'escalade M 

Philibert Bmhdier^ homme généreux mais lurbu- 
lenU II se laissa entraîner à prendre part à une 
ïDauvaise plaisanterie que les jeunes gens <le la ville 
ae permirent k l'adresse du juge des trois ctiiUeaux 
de Tévêque. Aussitôt accusé du crime de lèse- 
majesté, Berthelier s'enfuit à Fribourg où il resta 
quelque temps. L'évêquej à la requête des Seigneurs 
de Fribourg. lui accorda un sauf-conduit pour venir 
se défendre devant les syndics* Là le vidomne Tac- 
cusa d'avoir, avec d'autres, conspiré la mort de 
Tévéque. Berthelier s*en défendit victorieusement. 
Vains efforts^ le duc avait résolu sa perte; pour y 
parvenir il attira en Piémont deux jeunes gens^ 
Nam et Blanchel, ennemis de Berthelier. Ces mal- 
heureux se laissèrent prendre a»x promesses falla- 
cieuses du Savoyard et consentirent à avouer que. 
de concert avec Bertlielm\ Pécolat et tin nommé 
Carmentran, ils avaient voulu empoisonner Vé\é- 
qiie.Au Heu de la récompense promise, le duc. pour 
leur ôter la possibilité d'une rétractation, les lit 
mourir, et les Genevois apprirent un matin avec 
horreur que les membres découpés et salés de ces 
deux malheureux égarés pendaienl à un arbre pr^s 
du pont d'Arve. L'évOque fit aussi emprisonner 
Pécolai: aliu de ne pas être exposé à faire des 
aveux forcés par la torture qu'on lui infligea* il se 
ru une blessure à la lanij'ue avec un rasoir. L'inter- 
vention énergique de nonivanf le fit libérer. Quant 
à Berthelier il fut acquitté par le Conseil qui n'avait 



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32 AVANT l'escalade 

plus aucune raison de ménager Tévôque et 
le duc, 

La cruauté de Charles III ouvrit les yeux aux ci- 
toyens. Ce que Berlhelier les encourageait à faire 
ne leur sembla plus inutile. L'idée d'une alliance avec 
les cantons suisses faisait des progrès. Le duc, que 
ce projet gênait grandement, fit agir les Mamelus; 
ceux-ci protestèrent contre la combourgeoisie avec 
Fribourg. Elle se conclut néanmoins (1519). Charles 
machina si bien à Berne que les Seigneurs de cette 
Tille désapprouvèrent l'alliance des deux villes. Les 
Genevois refusèrent de rompre. Une diète fut con- 
voquée à Zurich. L'évoque et le duc, par leurs 
envoyés^ firent tous leurs efforts pour indisposer 
les cantons contre Genève. Dans la ville môme les 
chanoines, malgré l'attitude courageuse du prieur 
de St-Victor, se déclarèrent opposés à la combour- 
geoisie et écrivirent à la diète dans ce sens, ce qui 
engagea les cantons à condamner l'alliance. Char- 
les m avait eu le dernier mot. Il ne tarda pas à 
profiter de cet avantage. Campé avec ses troupes à 
Saint- Julien, il fait annoncer son arrivée pour le 
soir et demande qu'on le loge à l'hôtel de ville. 
L'embarras des syndics est grand. Pour n'être pas 
obligés de répondre tout de suite, ils décident la 
réunion du Conseil général. Le duc envoie peu de 
jours après un héraut d'armes qui insulte le Conseil 
dans la salle de ses délibérations et lui déclare la 
guerre. En vain les Fribourgeois se proclament soli- 



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AVANT l'escalade 35 

daires de Genève. Navrés, les Genevois doivent se 
sotimetlre. 

L'entrée du duc se fit par la porte de Saint- 
Antoine, son frère, Philippe de Brème qui le précé^ 
dait, avait fait abattre celle-ci peu d'instants aupara- 
vant Charles III ctievaucha sur ses ruines comme 
si la ville eut été prise d'assaut. Genève fut bien 
près de perdre son indépendance; le duc comman- 
dait en maître, ses soldais se conduisaient comme 
en une place conquise. 

Les FrtbourgeoiSj dont linlervention avait été 
repoussée avec dédain, s'élaienL néanmoins mis en 
roule et bientôt une armée de 6000 hommes occupa 
Morges, Le duc perdit alors sa belle assurance, il 
demanda la convocation d'un Conseil général pour 
tout pacifier; les canlons, de leur côté, agirent. Le 
résultat fut : la rupture de l'aUiance^ Impuissants à 
résister plus longtemps, les Genevois virent ainsi le 
résultat de longs efforts et leurs espérances anéan- 
tis (] 519). Telle fut la guerre dite des harengs ou des 
besoks, appelée ainsi parce que, comme on était en 
carême, les habitants n'avaient pu offrir d'autre 
viande à l'armée logée dans leurs murs» Les Fri- 
bourgeois exigèrentSOOO écus d'indemnité de guerre. 
A grand elTorton en réunit 2000. Philippe de Bresse, 
ex-évéque de Genèvcj prêta à ses anciens sujets sa 
vaisselle d'argent qui en valait autant. 

Philibert Berthelîer, Tinsligateur de l'alliance, paya 
de sa tète son amourdela liberté. Arrêté par Tévéque 



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M AVANT l'escalade 

îiu mépris du droit, il fnt décapité le lendemain au 
pietl de la tour de l'Iïe. Son corps fut promené en 
ville sur un chariot, le bourreau montrait la tête du 
martyre au peuple en disant ; « Voici la tôle du 
traître Berthelierj prenez exemple ». Avant de 
mourir, BerLhelier ne put que prononcer ces mots : 
et Ah! Messieurs de Genève! >» Pauvres syndics, 
que pnuvaient-ils faire? Les traités étaient rompus. 
les citoyens divisés, la ville pleine d'une soldates- 
que à la dévolion du duc et de Tévèque (24 août 
4519). La ville fut un certain temps sous un régime 
de terreur et de sang. L'évoque décimait lesEignots 
qu'il accusait de crimes imaginaires. 



* 4 



Le meurtre de Berthelier avait provoqué par con- 
tre dans les cantons un revirement d'opinion en 
faveur de Genève. D'autre part, le citoyen Besançon 
Hutfties^ nouveau chef des Ëignots, comprit que 
la désunion pouvait devenir fatale à la pairie; il 
réussit i\ pacifier les esprits et h réconcilier les par- 
tis {^b2\). 

Ce nouvel échec n'arrêta pas le duc; son mariage 
RVGc Béatnce de Povi^ujai lui permit de reprendre 
les hostilités sous une nouvelle forme. Il conduisit 
sa femme à Oen^^'ve en 1523; où elle lui donna un 
fils. Les citoyens étaient découragés, d'autre part 
Targent dépensé par la cour de Savoie, aubaine 



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AVANT l'escalade 37 

inespérée à ce moment pour les commerçants, 
amollissait les volontés. Les contestaliotis ne lar- 
dèrent pas à renaître. L'installation d'un nouveau 
YÎdomne Tournit matière ii chicane. L*évéqiie sa 
serait laissé dépouiller de la juridiction temporelle 
^ans son vicaire, Gruet, qui eut le courage de pro- 
tester (1544). Aimé Léûrie7\ juge des excès, fils de 
Lévrier le Eignot, soutînt Gruet. Charles III le fit 
saisir au sortir de Saint-Pierre. Conduit devant la 
maison du duc on le pla^a ^ur une mule et, les 
mains liées au dos, les jambes attachées sous le 
ventre de la bâte comme s^il se fut agi d'un malfai- 
teur dangereux, on le transporta au château de 
Bonne, Il n'attendit pas longtemps son sort; le len- 
demain, devant la porte du chilteau, il eut la ttHe 
tranchée sans autre forme de procès. Berlhelier et 
Lévrier, glorieuses victimes de la libei'té de Genève. 
YOtre nom vivra éternellement dans nos cœurs 
reconnaissants ! 

Le duc enfin s'en alla. Aussitôt les dissen- 
tions entre Eignots et Mamelus recommencèrent, 
L'afTaire du trésorier Boulei, partisan du duc. qui 
avait mal administré les deniers publics et refusait 
de rendre ses comptes, mit les adversaires aux pri- 
ses. Boulet s*enfuit en Savoie. Bien qu'il fut gene- 
vois ainsi que le syndic Richardet, son antagoniste, 
le conseil de Chambéry voulut juger cette alîaire. 
L'évéque Fien-e de la Baume eut une conduite équi- 
voque ; payant les Genevois de belles paroles, il se 



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38 AVANT l'escalade 

gardait bien d'enlniver en quoi que ce fût les me- 
nées du duc. Les Eignots vouiaient en appeler à 
la cour de Rorae, toujours favorable au maintien 
des droits épiscopaux. Ce que voyant, Charles III 
donna ^aîn de cause aux syndics. Mais dans son 
for intérieur il résolut la perte des Eignots, Un corps 
de troupes fut envoyé prés du ponl d'Arve. 

Les EignotSj par divers chemins, s'enfuirent à 
Lausanne et de Ik à Fribourg. où ils gagnèrent les 
Conseils à leur cause. Berne, brotiîUée avec le duc, 
partage les sentiments des Fribourgeois, L'ambas- 
sadeur de ces deux cantons, le sienr de Mulinen, 
arrive à Genève quelques jours avant le duc (15îa\ 
Sa présence gène beaucoup Charles III qui s*est 
proposé d'en finir avec ces Genevois têtus. Deux 
fois il fait companiitre devant lui le ConseiL Celui-ci 
feint de croire que le duc veut de l'argent. Comme 
il s'obstine à ne pas comprendre les insinuations du 
duc et de son chancelier, le vidomne et le juge de 
Gex viennent lui demander de reconnaître leur 
maître comme souverain, sans préjudice des droits 
de révoque et des franchises de la communauté. 

Rien que les Mamelus fussent en majorité dans le 
Conseil, ils n'osèrent prendre une décision aussi 
grave et éludèrent la question* Genève était au bord 
d'un abîme; c'est ce que sentit vivement Besançon 
Hugues réfugié sur les bords de la Sarine. On peut 
dire que dans ces jours troublés il fut le sauveur de 
la pairie. Par ses discours et ses larmes, il toucha 



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AVAiîr j/escalade 39 

le cœur des Fiiboiirgeoîs et des Uernois. Une dépu- 
lalbn fut immédialement envoyée parles deus vil- 
les à Genève, Le Conseil la reçut favorablement, 
mais ne dit et ne fit rien pour les fugitifs, de peur 
d'éveiller la colère de rentieml. Charles III trompa 
indignement tes députés t[tii repartirent, ne se dou- 
tant de rien- La grâce des fugitifs qu'ils rappor- 
taient étaient rédigée en latin et de telle sorte que 
ce document les livraient à la merci du duc. 

Afin d'éviter une nouvelle intervention des Suis- 
ses, Charles III voulut brusquer le dénouement. Il 
fait convoquer le Con.<%eit général au cloître de Saint- 
Pierre, s'y rend avec une troupe d'archers porteurs 
de hallebardes. De là le nom de dyti^eil ika halk* 
bardes, sous lequel on désigne celte assemblée dans 
l'histoire de Genève, Le chancelier de Savoie lit un 
discours habilement rédigé, où son maître se plaint 
des agissements des fugitifs et ne demanile qu'une 
chose : être reconnu souverain prole^teiir i\& la cité ; 
il termine par une exposition des avantages que les 
Genevois retireront de celle protection. Les Mame- 
lus applaudissent et déclaient accepter. Le duc a 
gagné la partie, il s'empresse d'aller rejoindre son 
épouse dont il était séparé depuis plusieurs mois» 
Pourquoi rester plus longtemps? Genève est main- 
tenant â lui l 

il é 

Pas encore, heureusement! C'était le i^J décembre 
f533j date doublementmémorable. Pour la dernière 



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iO AVANT l'ëSCALADË 

fois un duc de Savoie avait franchi les portes de 
Genève I Quelques Ejgnots reviennenlj ils gngnent 
leurs concitoyens à Tidée de nouvelles combour- 
geoisies. Le vénérable Bandih^e^ dont le fils était â 
Fribourg, par un discours touchant plaide avec suc- 
cès la grâce des fugitifs. Le Conseil, gagné par son 
éloquencej déclare les Eignots honnêtes gens comme 
les autres. A la fin de ISâo, la majeure partie des 
citoyens s'était rattachée au parti des Eignots, et 
malgré les etîorts du duc Talliance avec Berne et 
Fribourg était conclue le 26 février 1526» Beau jour 
pour Besançon Hugues et les Eignots, qui revinrent, 
après cinq ans d'exil et de labeurs pour la pairie^ 
reprendre leur place aa foyer familial. Cette fois 
Genève pouvait respirer à son aise, son indépen- 
dance était désormais assurée. Les partisans du duc 
quittèrent la ville; la mort de Berthelier fut comme.- 
morée par une cérémonie religieuse à laquelle tous 
les citoyens s'empressèrent d'assister. Les Gene- 
vois reconnaissants rendirent ainsi grâce à l'Eternel, 
dont le bras puissant venait de les protéger une fois 
de plus d'une façon manifeste. 

Après de longs débats, les Mamelus fugitifs furent 
condamnés, dans une diète tenue â Berne, à 2000 
écus d'or d*amende et au bannissement à pei'pé- 

Le 5 août de la même année, dans la nuit, les 
armes de Savoie placées au château de Tlle, furent 
précipitées dans le Rhône par une main inconnue. 



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AVANT r/ESCALAOE ,41 

Aux réclamalions du clucj le Conseil répondit par la 
suppression du vidomnal; on le reniplar.a plus tard 
par la charge de lieutenant de la justice (1 527). 



t * 



Un nouvel ennemi apparaît en ce moment de 
l'hîsLoire de Genève. Des genLilsIiommes savoyards, 
au cours d'un banquet tenu au château de BursineU 
fondèrent la confrérie de la cuille}''^ et s'engagèrent 
â tout faire pour détruire Genève et la livrer à leur 
souverain» Charles III n*en faisait pas partie, main 
il approuvait tacitement les agissements de cet 
auxiliaire dont les exploits convenaient si lien i 
son jeu* Nous ne les racontej-ons pas ici, Qull suffise 
de dire que la ville et le commerce en souffrirent 
grandement. Le chef de la confrérie, PontDerre, fut 
assassiné dans le bâtiment de la Monnaie, près de 
la porte de ce nom'. Les passions en furent d'autant 
plus exaspérées. Ce sont les gentilshommes de la 
cuiller qui tentèrent la première Escaladé entre- 
prise connue sous le nom de miii des échelles. Ils 
devaient se rencontrer avec tOûO hommes de trou* 

* Ce signe de ralliement provient de ce qu'au moment où ils 
foQdaient leur confrérie, ils mangeâienl du riz avec des cuil- 
lers. 

* Sur remplacement de la maison située au coin de la rue 
Centrale et de la rue de la Moanale. 



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ii AVANT l/ESCALAnS 

pes, le jeudi ib mars 1529 dans les environs de Ge- 
nève et donner l'assaut a minuiL 11 n'en vint que 
800 avec des échelles; trop peu nombreux pour 
agir avec succès, ils se retirèrent sans avoir rien 
fait. 

Cependant le ducj de son côtéj machinait une 
guerre contre les Genevois. U s'empara à ce mo- 
ment de Bonivard, que des intérêts de famille 
, avaient amené en Savoie (1530). Comme on le sait, 
l'ami des Eignots fut pendant plus de cinq ans pri- 
sonnier à Cliillon. jusqu'au moment où les Bernois, 
lors delà conquête du pays de Vaudj le délivrèrent 
de sa captivité (1536). 

Il n'y avait pas de temps à perdre • les alliés se 
mirent en marclie pour secourir Genève où ils 
entrèrent le 8 octobre ^53Û. Des envoyés des can- 
tons vinrent à la suite de Tarmée et négocièrent 
avec les représentants du duc ce qu'on appelle l'ar- 
rêt de Saint' JnliJm. Celle convention mettait fin à la 
guerre. Aux termes de ce document, les Bernois 
pouvaient envahir le pays de Vaud si le duc rom- 
pait la trêve et, si c*étaient les Genevois, les Ber- 
nois s'engageaient à ne pas secourir leur alliée. 

L'arrêt de Saint-Julien devait être fatal au duc. 11 
ne semble pas lavoir pris au sérieux ; la conquête 
de Genève était devenue une obsession qui troublait 
son esprit et lui faisait négliger ses intérêts primor- 
diaux pour courir après une ombre. Il reprit la 
mÊme année les hoslilités, d'accord avec les gen- 
tilshommes de la cuilleFj dont les terres avaient été 



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AVANT L'£SCALAD£ 13' 

saccagées par les Bernois. Dans une journée tenue 
à Paterne à la fin de cette année, le duc de Savoie 
fut condamné à payer les frais de celte guerre qu*il 
avait provoquée de connivence avec Tévéque et [es 
gentilshommes de la cuiller. 






L'introduction de la Réforme offrit au duc l'occa- 
sion de recommencer ; à vrai dire il ne cessa jamais 
de molester les Genevois. Ceux-ci. en prévision 
d'une attaque combinée de l'évéque et de Charles III, 
démolirent leurs faubourgs en 1534. Les partisans 
de TEglise romaine, dont le crédit allait en dimi- 
nuant grâce aux prédications de Farel, cherclir- 
rent à rélablir Tancîen ordre de choses en facilitant 
une entrée nocturne des troupes ducales. Le projet 
éventé échoua, et les coupables prirent la fuite* Ils 
allèrent se joindre aux soldats de TévÊque et du 
duc. Dés que les citoyens^ après des débats publics 
ou disputes qn'il serait trop long de raconter ici, 
eurent adopté la Réformation, le duc de Savoie ne 
crut plus devoir ménager les sujets rebelles de 
Tévéque, Il avait petit à petit bloqué la ville avec 
ses troupes et, le \ 3 janvier ^ 536^ il fit donner Tas- 
saut du côté de TArve, de Saint-Gervaisj de Rive 
et de Saint-Victor à la fois, mais il fut repoussé avec 
perte; la seconde Escalade était manquée, A Touïe 
de la rupture de trêve dont le duc s'était rendu 



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AVANT LESCALADE 



coupable, ïes Bernois, sous la conduite de Nœgeli, 
envahirenl, selon leur droit, le pays de Vaud qui fut 
déliiiilivement détaché de la Savoie, Genève fut 
déLiloquée, les environs débarrassés des ennemis et 
le lerriloire de lo ville considérablement agrandi, 
rendit aux citoyens une prospérité que les calami- 
tés des années précédentes ne leur avaient pas 
permis d'espérer. 

Débarrassés du duc qui vit à cette époque sa 
puissance presque réduite à néant, et de Tévêque, 
depuis longtemps leur ennemi, en possession du 
pur Evangile, les citoyens goûtèrent enfin les bien- 
faits de la paix, fruit de leur fidélité et de leurs per- 
sévérants et fiéroïques travaux. 




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CHAPITRE III 



La guehhe et la faix 



Complota du duc Philibert Emmanuel — Anènement de 
C harki Emmanuel — Guerre du payi de Gex. — Traités 
de Vervinê et de Lyon. 




RACE à ta paU, l'oeuvre fie la Réfor- 
' matton put s'établir et ^e tlévelo[fper 
jusqu'à la raori de Catmn environ, A 
cette période correspond un abaisse- 
ment profond de la maison de Savoie. 
Il y eut bien une alerte en 1539 ; le roi de France 
Henri //fiL cette année un traité de paix avec Phi- 
lippe II, roi d'Espagne. Le duc de Savoie PkUibei-i 
Emmanuel, qui avait succédé en 1653 à son p^re 
Charles III, eu proflta pour se faire restituer la partie 
de ses Etats autrefois conquise par la France. Les 




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16 AVANT L'ESC AL ADK 

Genevois le sachant grand ami d*Henri IL Tirapla- 
cable ennemi des huguenots furent inquiets, et à 
jrisle tilre, car on disait que le roi de France voulait 
exterminer (ians son royaume « te poison du calvi- 
nisme jï> et raser Genève, 

En prévision d'une attaque possible le Conseil 
décida la construction de nouvelles fortifications ^ 
Tout le monde mit la main à l'ouvrage, citoyens. 
Iiabitants, pasteurs, écoliers, professeurs* Calvin 
lui-même vint travailler aux murailles, comme un 
simple manœuvre. Maïs Henri II mourut, Fran- 
roia II son successeur^ de concert avec TEspagne et 
la Savoie, continua l'œuvre d*extermination dirigée 
contre le protestantisme. Pour IMûlibert Emmanuel, 
h en lier des prétentions de la maison de Savoie, 
à la souveraineté de Genève, ces circonstances 
étaient des plus favorables à la réalisation de ses 
desseins. Il fit fiiire des propositions avantageuses à 
quelques personnes influentes de la ville. Celles-ci 
,ne se laissèrent pas acheter, mais dévoilèrent le 
complot tui ConseiL On sentit alors la nécessité de 
reserrer les liens qui unissaient Genève aux can- 
tons suisses. De son côté le duc de Savoie en iEifi3 
ne cessa d'agir auprès des Ligues suisses pour se 
faire rendie le pays de Vaud ainsi que les droits 
dont ses prédécesseurs avaient joui A Genève avant 
lui. Les cantons catholiques n'auraient pas demandé 

5 Encemte dite dm Ré forma tours. 



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AVANT l'escalade '|f' 

mi^uïi que de lui accorder sa demande. Mais Berne 
était alors trop puissante pour songer h céder quoi 
qne ce soit de ses conquêtes. Le duc en fut pour 
ses frais. A la fin de cette année on découvrit un 
complot ourdi parles /i6errins* fugitifs. De conni- 
vence avec quelques habitants, ils voulaient livrer 
la ville au duc. Mais l'un d'eux dénonça le projet. 
Le peuple de Genève rendit ^ràce à Dieu dans les 
temples, 

t:omme ses devanciers, âla suite d'un échec, Phi- 
libert Emmanuel chercha d'autres moyens pour ar- 
river à ses Uns. Ilentreprit des négociations diploma- 
tiques avec Berne, Le résultat en fut un traité con- 
clu en i564. Pour conserverie paysdeVaud, Berne 
commit la lâcheté d'abandonner son alliée et rendit 
au duc de Savoie le ChablaiSj les haillages de Ter- 
nier, de Gex et de Gaillard. Les Genevois eurent 
ainsi l'immense douleur de voir leur teriitoire con- 
sidérablement diminué. Perte matérielle importante 
car la ville avait fait de grands sacrifices pécuniai- 
res en faveur de ces baillages* Aussi bien ces contrées 
furent perdues pour la Réforme, dès ^598 les mis- 
sions catholiques firent rentrer le Chablaîs^Ternier 
et Gaillard dans le giron de l'église romaine. Si la 
religion réformée put subsister jusqu'en 1685 dans 

' Pavli politique hostile ^i Calvin et aui réfug^iés frauçai^i^ 
qui avait été condamoé à la suite de menées cûiipaht^s con- 
tre la sûreté de TEtat. 



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i8 AVANT l'escalade 

[e pays de Gex» elle n'en fut que plus radicalement 
extirpée sous Louis XIV. 

Le duc de Savoie essayait continuellement de ga- 
gner les magistrats de Genève, Il fit môme faire des 
ouvertures â Michel Roset une (les plus glorieuses 
figures genevoises de ce temps. Ses efforts, est-il 
nécessaire de le dire, furent vains, mais ce trait est 
caractéristique, il montre que Philibert Emmanuel 
ne reculait devant aucune tentative, môme la plus 
audacieuse, pour s'emparer de celte Genève, rebelle 
depuis des siècles aux promesses et aux menaces 
de sa Maison. Â partir de ce moment la ville se 
trouva de nouveau en conlinuelies discussions avec 
le duc de Savoie. 

Philibert Emmanuel vint à Chambéry en 1576. Le 
Conseil jugea Tjon de lui envoyer une députation 
pour lui faire des compliments. Le duc était malade, 
les députés ne purent le voir; ils furent reçus par 
son fils Charles EmmanueL A la manière gracieuse 
dont ce jeune homme accueillit les magistrats gene- 
vois, ceux-ci ne se doutèrent pas à ce moment du 
tour terrible qu'il devait jouer un quart de siècle 
plus tard à leur patrie. 



Charles Emraantiet monta sur le trône en 1580, 
D'abord il se montra favorable, en apparence, à ceux 
de Genève; mais il changea bien vite de ton et se 



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AVANT l'escalade 49 

mita tenir des propos menaçants contre eux. Dés 
1582 il rassembla des troupes dans le Chablais. 
Avec elles, il comptait entrer à Genève, grâce à la 
trahison de quelques bourgeois dont il s'était assuré 
le concours criminel. A jour fixé ses complices de- 
vaient lui ouvrir la porte de Rive. L'un d'eux eut des 
remords et alla révéler le danger au Conseil. Qua- 
tre des coupables payèrent ce forfait de leur tête. 
Le roi de Navarre informé du fait écrivit aux Syn- 
dics qu'au besoin il enverrait des troupes pour dé- 
fendre la ville et qu'il n'épargnerait pas môme sa 
propre personne pour leur être agréable. L'inter- 
vention d'Henri IV ne troubla pas le duc de Savoie, 
qui ne désarma qu'après de nombreuses négocia- 
tions avec les Suisses et la France. 

Deux ans plus tard on découvrit un nouveau com- 
plot du duc. Des troupes cachées dans des barques 
chargées de bois devaient pénétrer dans le port et 
de là s'emparer de la ville. Le chef de cette entre- 
prise fut retenu en prison jusqu'en 1589 où on 
l'échangea contre trois prisonniers de guerre gene- 
vois. 

Enfin en 1585, un habitant vint annoncer au 
Conseil qu'un jour de septembre le duc enverrait 
dans une auberge de Rive une douzaine d'hommes 
déguisés en charretiers et conduisant des mulets h 
la main. De grand matin, le lendemain, aidés d'au- 
tant de compères venus du dehors ils devaient se 
jeter sur la garnison de la porte, l'égorger et faire 



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M AVANT L'ESC AUDE 

entrer 600 arquebusiers arrivés Jans h nuit à Jar- 
gonnaut. Le dénoncialeyr s'était engagé à tuer le 
soldai qui gardait la coulisse. Ce projet était fort 
bien imaginé. Mais du côté des Savoyards on voulut 
avoir un gage de fidélité et l'on avait demandé à 
l'individu en question un de ses enfants. Il refusa 
et courut avertir les Syndics. 






Ces divers corapIolS: répétés à si court intervalle, 

montrèrent aux Genevois les intentions belliqueuses 
du duc. Profitant des troubles occasionnés par la 
Ligue en France, Charles Emmanuel s'empara en 
4 S89dumarquisat de Saluces. Aussitôt le Conseil s'en- 
lendit avec Henri III et les Bernois pour lui décla- 
rer la guerre. Avec Nwoim de Harlay Sancij. ambas- 
sadeur dti Roi. les syndics firent un accord aux ter- 
mes duquel en cas de succès la possession du 
Chablaisetdu pays de Gex leur était assurée, puis 
dans un second traité conclu avec le même ambas- 
sadeur quelque temps après, il fut convenu que les 
Genevois recevraient en propriété les baillages de 
Temîer. Gaillard et plusieurs autres districts qui 
Luiraient beaucoup augmenté le territoire genevois. 
En retour des sommes avancées pour cette guerre, 
la ville devait avoir le Faucigny en gage, jusqu*â ex- 
tinction complète de la dette. 



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Michel ROSET, Premier syndtc (1534-1613) 

Auteur des : « Chroniques de Genève ». Ce citoyen fut qua- 
torze fois syndict la dernière à 78 ans. Il rendit d'immenses ser- 
Yices à sa patrie comme négociatetii'; peadaiit nu defllJ-^iëcle, 
chaque fois que la République eut. quelque affaire dêlu^ilé b 
traiter ce fut sur M. Rotsel que le choix du Cousdl ae porta. Il 
remplît cent trente miSBiùnîi, négocia la combour^feoiiTtie ave<i 
Berne en 1557, ©t celle avec Zurich et Bern*^ en 15i^4. \o'\é deiii 
extraits du Registre du Conseil. Us disent plusqu'uu groslipre: 

1557, 4 féTrier ' tOï% g ratifie de duc écu-i U secrtitairr 
M. Eosfft^ qui est malade pour îa âeiunème fois^potu* avoir 
trapaiilé atfÉû tr^p d'aaMduitéet de contention dit^ affatrm 
publiques » , 

1582. 21 et 24 dép. : « Refusé d nobU M. Roset d^ U dit^ 
penser d^une députatiûn quoique hoa ennemh Vait^ni meitaf*é 
de le faire mourir cruellement et qu'il ait iU averti que 3éL 
eie serait en danger à Baden i* 

Dé8ig;né en 1601 pour faire partie avec* J. Lect et J. Savion de 
la députatioQ qui devait se rendre, auprès de Charles Emmanuel 
h Turin, il se r^ctiaa pour ne pan faire tort mis affaires de la 
République. Le duc de Savoie qui avait vainemeot cherché à 
Tacheter au mojeo d'une somme considérable, était fort fàch<* 
contre Roset, il savait que tant que ce citojen vivrait tous ses 
eSorts pour s'emparar diplomatiquement de Genève seraient 
vains. De là le plan d'une Escalade. Voir page 48. 

L'EscAi^DK, par H^Donldiiser, A. âaîlkt,€h. &fitli ; Eggimann^ id^ WQi 



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AVANT l'escalade 53 

Les Genevois firent d'énormes sacrifices pour se 
procurer des provisions et des troupes. Guitri, un 
gentilhomme français, devint commandant de la pe- 
tite armée genevoise forte de 3000 hommes seule- 
ment. Un conseil de guerre de sept membres fut 
adjoint aux conseils établis. Le 2 avril 1589, mille 
fantassins et deux cents cavaliers partirent dans la 
direction du Faucigny, ils s'emparèrent sans peine 
de Monthoux, de Bonne et St-Jeoire, détruisirent 
les ponts d'Etrembières et de Buringe sur TArve. A 
la place d'un hameau situé près du Pont d'Arve on 
construisit un fort destiné à prévenir une surprise 
du Savoyard de ce côté. Le 8 avril les troupes gene- 
voises s'emparent de la ville et du château de Gex, 
mais elles échouent devant le Fort-de-l'Ecluse. Des 
troupes bernoises et françaises viennent se joindre 
à elles; le 11 août nouvelle tentative infructueuse 
au Fort-de-l'Ecluse. Guitri dirige alors ses troupes 
vers Thonon qu'il occupe, Ripaille et sa garnison 
de 500 hommes se rendirent après un siège de quel- 
ques jours, un gouverneur pour tout le Chablais fut 
installé à Thonon. 

De fâcheuses nouvelles parvinrent à Genève sur 
ces entrefaites. On apprit qu'en France Henri III 
avait de la peine à se défendre contre la Ligue. 
Aussitôt Sancy et Guitri partirent rejoindre le roi 
emmenant avec eux leurs troupes. Il fallut renoncer 
à de nouvelles conquêtes et se mettre sur la défen- 
sive. Le syndic Ami Varro prit la place laissée va- 



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H AVANT l'escalade 

canle par le départ de Gui tri. Il ne put empêcher 
les Savoyards de reprendre le baillage de Ternier 
et de construire le Fort de Sie-Catherine à peu de 
distance rte Genève. Au môme moment les Bernois 
à la suite d'une trêve conclue avec Charles Emma- 
nuel abandonnèrent le Cliablais et le Faucigny et 
ne gardèrent que le pays de Gex et celui de Vaud. 
La lutte devenait épique, les Genevois désormais 
devaient lutter seuls conlre leur puissant ennemi. 
Le duc met le siège devant Bonne qui capitule le 
231 août après avoir essuyé deux cents coups de ca- 
non* La garnison de 373 hommes ayant à sa tête le 
conseiller Aubej^l fut massacrée au mépris de la pa- 
role qu'on leur avait donnée qu*ils se retireraient 
avec les honneurs de la guerre. Le ministre Guil- 
laume Maùjne dit de Mam partagea le sort de la 
garnison. Cet acte de cruauté donne une idée du 
sort qu'auraient eu les magistrats et les pasteurs de 
Genève si TEscalade de I60â avait réussi. 

On peut aisément se représenter la consterna- 
tion provoquée par cette nouvelle. Cependant le 
Conseil ne perdit pas courage. Henri IV récemment 
parvenu \m trône de France leur témoigna en celte 
occurence beaucoup de sympathie et leur envoya 
le sieur de ïjirlngny qui reçut le commandement 
des troupes en remplacement de Varro. Cette colla- 
boration d'un homme de guerre expérimenté n'était 
pas superflue* Le 12 septembre le duc envahit le pays 
de Gex; il aurait voulu pousser sa marche sur le 



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AVANT L ESCALADE 65 

pays de Vaadj mais, les troupes espagnoles à son 
service avaient ordre de ne pas sortir des Etals de 
Savoie. Il se vît donc obligé de s'arrêter et il se 
contenta de construire à Versoix un fort afin de 
couper left communications avec Genève par le ïac. 
Berne dans ces circonstances critiques abandonna 
pnur la seconde fois son alliée, elle conclut à Nyon 
une trêve avec le duc. La ruine de Genève semblait 
imminente, Charles Emmanuel renouvela ses pro- 
positions bien connues, le peuple les repoussa avec 
indignation et décida la guerre à outrance. 



V 

* * 



Le duc de Savoie ne perdait pas de vue les évé- 
nements de France, Henri III venait de mourir; la 
guerre qui divisait ce pays lui fa entrevoir la possi- 
bilité de s'emparer du Dauphinéet de la Provence. 
Sans perdre du temps à réfléchir îl repassa les 
ràonls avec son armée que tes maladies contagieu- 
ses avaient fortement diminuée. Son traité avec 
Berne et les deux forts de Versoix et de Ste-Cathe- 
rine au nord et au sud de Genève, où il laissa forte 
garnison lui semblèrent suffisants pour terminer 
rœtivre commencée contre notre ville. Ce répit fut 
le bienvenu pour les Genevois, ils eurent le temps 
de se reprendre. On apprit bientôt que les projets 
de conquête de Charles Emmanuel n'avaient guère 



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56 AVANT L'ESCALAOE 

de succès. AassiLôl les préparalifs de guerre sont 
poussés avec vigueur, A la mi-octobre Genève re- 
prend rofîensivej dans la nuit du 7 au S noyerabre 
Versoix est pris, au bout de deux jours la garnison 
de 300 liommes se rend, le fort lui-même est rasé, 
les canons condtiits à Genève y vont grossir l'arlil- 
lerie, les fortifications du bourg et la plupart des 
maisons sont détruites. 

La désinvolture avec laquelle la seigneurie de 
Berne avait abandonné Genève fut vivement blâ- 
mée par le Grand Conseil et le peuple bernois* 
Forcée par Topinion publique elle dut offrir au 
duc une nouvelle trêve où Genève fut comprise. 
En mt^me temps le roi de France écrivait au Conseil 
de Genève pour lui promettre du seconrsj ces mar- 
ques de sympathie venant de divers côtés et la joie 
du succès remporté relevèrent le courage des 
citoyens. Les troupes genevoises reprirent leurs 
courses avec des succès variés, le 12 janvier 1590, 
le château de la Bâtie à une demi-heure de Versoix 
est pris, puis c'est le tour de Gex, dont le fort capi- 
tule. On y plaça le conseiller Jean Hilliet qui fut 
gouverneur de tout le baillage. Le Conseil de guerre 
décida la démolition de tous les chûleaux qui se- 
raient pris, mesure habile, mais grâce à laquelle 
nous ne trouvons plus autour de notre ville ces 
antiques manoirs seigneuriaux qui font le cliarme de 
nos cantons stiisses. Cette décision eut encore 
d'autres suites, plus regrettables celles-là. Les sol- 



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AVANT l'ëSCALÂDK 57 

dats engagés pour la guerre ue surent pas toujours 
garder la mesure, des scènes de pillage et de désor- 
dre eurent lieu, st bien que Théodore de Béze, na- 
vré de voir ces Lroupes, avides avant tout de butin, 
donner aux habitants de la ville un exemple si dé- 
plorable se mit à tonner en chaire contre ces excès; 
il alla jusqu'à dire qu'on avait fait de Genève « une 
caverne de brigands ^. Comme circonstance allé- 
Huante on peut rappeler que les troupes ducales ne 
se contentaient pas de pilier, mais qu'elles se 
livraient partout où elles passaient à des atrocités 
sans nom. 






Le 30 mars les Genevois piirent le château de 
Monthoux; en avril on put enfin se rendre maître 
du Fort-de-l'Ecluse, mais Lurbigny ne put s*y main- 
tenir longtemps. Amédù: de Savoie vint bientôt Ten 
déloger. Le pays de Gex à son tour fut repris par 
l'ennemi qui le saccagea. Les troupes genevoises 
eurent leur revanche à Farges où Vennerai laissa 
cent-quarante liommes sur lecarreaujtandisqu*elles 
n'avaient qu'un seul morl à enregistrer. Malheureu- 
sement dans ce combat Lurhignj fit une cbùLe de 
chevaL il dut garder le lit pendant plusieurs semai- 
nes. Privées de la direction d'un homme aussi 
expert, les troupes subirent un premier échec dans 



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68 AVANT L'ESC AL ADR 

le mandenienl de Ternier, puis quelques jours plus 
tard, Amédée de Savoie les attira à Châtelaine et 
leur livra un combat meurtrier; les Genevois perdi- 
rent cent-vingi hommes. L'ennemi les poursuivit 
jusque sons les murs de St-Gervaîs, Sans la pré- 
sence d^esprît de Lurbigny qui, quoique malade, se 
rendit de nuit sur les remparts et supplia les habi- 
tants d'attendre au lendemain pour aller chercher 
leurs morts, ils auraient essuyé une nouvelle défaite, 
SI Amédée de Savoie avait su proliter de sa victoire 
en donnant l'assaut à la ville, il aurait probable- 
ment réussi ; le deuil dans lequel tant de familles 
étaient subitement plongées, rabattement des 
citoyens suite inévitable d'un échec aussi considé- 
rable lui eussent été deux puissants auxiliaires. 

Les Genevois furent admirables, au lieu de céder 
à la mauvaise fortune, ils mirent leur confiance en 
Dieu qui les avait sauvés déjà tant de fois- Les parti- 
culiers livrèrent leur vaisselle d'argent à TElat, 
ainsi que le vin et le blé qu'ils possédaient au-delà 
du strict nécessaire. N'ayant pas assez d'argent, ou 
battit de la monnaie de cuivre pour les soldats. 
Tous les jours on apprenait par les paysans qui se 
réfugiaient en ville les méfaits commis par Tarmée 
ducale dans le pays de Gex, si bien qu'après cette 
guerre, la contrée garda longtemps le nom de teire 
déserte. 

Lurbigny partit après sa guérison, le Conseil le 
remplaça par le baron de Conforgien qui reçut le 



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AVANT l'escalade tSA 

commandement des troupes. Le IS septembre it 
partît avec ses soldats Jii côté de Bonne où quel- 
ques Genevois avaient des vij^nes qu'ils voulaient 
vendanger. Le baron d*f[ermance informé de cette 
sortie les attaqua au retour. Les Genevois se défen- 
dirent vaillamment et purent rentrer en ville avec 
leurs lonneiiux de raoùt. Ils ne perdirent que onze 
hommes, tandis que l'ennemi en eut 350 de tués. 
Sur le lieu même de l'action, Conforgien adressa 
des actions de grâce à Dieu, 

En 459i, des secours d*argent fournis par la Hol- 
lande ainsi que des troupes françaises conduites 
par de Harlay Suncy vinrent à point augmenter les 
ressources de la République, Puis 1500 fantassins 
et 300 cavaliers commandés par Guitri s'emparèrent 
de Thonon et d'Evian< et infligèrent une grosse 
défaite aux troupes de Savoie près de Montlioux ; 
mais Sanci et Guîlri et leurs soldats quittèrent 
bîenlât le pays, A ce moment Amédée de Savoie 
partit pour la conquête du Da4iphiné, s'il s'était 
jeté sur Genève, la ville n'eut pu lui résister. Qîi^ntl 
tout était au plus mal et que la fin semblait immi- 
nente. Dieu qui est plus puissant que les armées et 
les grands de la terre sauvait la situation par un 
incident imprévu- 
La villeéLîUtàboul de ressourres; en vain faisait- 
elle réclamer par un ambassadeur à Henri IV les 
sommes que celui-ci devait à Genève, Le Béarnais 
payait en belles paroles et promeâses, mais faisait 



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60 AVANT l'escalade 

sourde oreille dès qu'on lui parlait d'argenl. Il est 
vrai qu'il n'en possédait guère. 

L'abjuration d'Henri IV, qui se fit catholique 
pour avoir Paris, causa â Genève une douleur pro- 
fonde. On aimait le vaillant fils de la reine de Na- 
varre, le huguenot. On peut encore voir, dans la salle 
Lullindenolre bibliothèque publique, une spiendide 
Bible, que (es Genevois se disposaient à lui envoyer 
quand arriva cette triste nouvelle. Unjeune de deuil 
et d'humiliation fut célébré* L'horizon politique 
était bien sombre. La misère à Genève ne pouvait 
être plus grande. Du côté de Savoie la menace sub- 
sistait toujours, mats pour n'avoir pas à entretenir 
une garnison qui coûtait cber, on décida k démo- 
lition du Fort près du Pont-d*Arve. 

Toutefois le changement de religion n'altéra pas 
la bienveillance de Henri IV pour Genève. L*année 
^597 amena une guerre entre la France et la Sa- 
voie. Les Genevois solliciLés d'y prendre part refu- 
sèrent faute lie moyens. Cette guerre se termina par 
un traité conclu â Vervins Tannée suivante^ Genève 
y était impliciLeraent comprise^ toutefois on n'avait 
osé la nommer de peur d'indisposer les puissances 
catholiques. Le Conseil fit tirer le canon, L*enthou- 
siasme ne dura pas longtemps, on apprit bientôt 
qu'une clause de ce traité rendait G ex et Gaillard à 
la Savoie. Genève perdait ainsi tous les fruits de la 
guerre ; dépouillée par Henri IV dont elle n'attendait 
pas une ingratitude aussi noire, elle chercha à ré- 



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AVAÎÎT l'escalade 6i 

sisteF; mais les négocialions restèrent sans issue, 
ELle avait le dessous. Le duc de Savoie voulut tirer 
parti de son avantage et espérant obtenir ce qti'ii 
désirait par son influence personnelle, it se rendit 
à Paris en 1599. Mais il ne put, comme il s*en était 
flatté, obtenir Genève en échange du marquisat de 
Salucesj Henri IV résista à toute;^ ses finesses et 
ses ruses. D'autre part il déboula également de leur 
demande les Genevois, qui réclamaient de lui la 
possession de Ges et de Gaillard en retour des som- 
mes qui leui' étaient dues. 






Le duc de Savoie n'était pas pressé de faire les 
restitutions de territoire auxquelles ce traité l'enga- 
geait. Ce que voyantj Henri ÏV envaliit la Bresse, le 
Bugey et la Savoie, H vint en personne à Léluiset 
non loin de Genève. A la demande du Conseil il 
rasa le Fort de Ste-Catherine, La dernière des deux 
places fortes, au moyen desquelles Cliarles Emma- 
nuel pensait subjuger le paySj disparut ainsi sans 
avoir causé beaucoup de mah En deux jours six 
cents ouvriers venus de Oenève nivelèrent rempla- 
cement occupé par le Fort* Tout ce qui s'y trouvait 
canons, cloches, poudre, boulets fut remis aux 
Genevois contre la somme de 1600 écus. 

Pendant ces opérations militaires les seigneurs 



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I 



^ AVANT l'escalade 

réformés de la suile de Henri ÏV vipienl à Genève 
et assisté renl â un sermon de Simàn Goutarl^ le 
principal pasteur après Théodore de Bèze, qui ne 
pouvait plus monter en chaire, vu son grand âge, 
étant sujet à des vertiges* Néanmoins le vieux 
réformateur j qui se considérait toujours comme 
sujet français, ayant appris que Henri IV désirait le 
voirj n'hésita pas à faire bien des lieues à cheval 
pour rendre ses hommages au roi, Henri IV le reçut 
fort bien et lui témoigna le plus grand respect. 



it * 



Dépouillé de tous ses Etats en deçà des Alpes, 
Charles Emmanuel se vit forcé de signer à Lyon 
un traité avec la Fi'ance. Pour rentrer en possession 
de la vSavoie et du marquisat de Saluées. îi aban- 
donna i\ Henri IV plusieurs de ses Etats, entre 
autres le pay.^ de Gex, que le roi de France garda 
soigneusement pour lui sans se soucier de ses amis 
de Genève (1601). 

Il n'était guère temps de songer à des agrandis- 
sements de territoire, il fallut se contenter de con^ 
server les anciennes limites. Le duc reprit le man- 
dement de Gaillard et y réintroduisit de force la 
religion catholique. Pour vexer ses ennemis il vou- 
lut également rétablir la messe dans les terres qui 
appartenaient autrefois à TÂbbaye de St^lctor et 



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AITAPÏT l'escalade #1 

au Chapitre de St-Plerre, Le <5 juillet 160i ses sol- 
dats vinrent à Vandœuvres et y Tirent célébrer la 
messe dans le temple. Pendant plusieurs dimanches 
le pasteur de ce village, qui résidait en ville, ne se 
rendit au culte qu'accompagné d'une troupe armée. 
Cela intimida les Savoyards, qui ne recommen- 
cèrent plus, 

Charles Emmanuel ne voulait pas la paix avec 
Genève, il ne manquait aucune occasion de faire du 
tort à la ville, interceptant les vivres frappant d'im- 
pots exhorbitants les marchandises qui passaient 
sur ses terres. 

Les habitants aux abois demandèrent qu'une 
ambassade fût adressée â Charles Emmanuel pour 
faire cesser ces abus de force. On lui députa à Turin 
le syndic Leet, le conseiller Samon et le secrétaire 
d'Etat Jacob Anjoirant ([Vovembre 1601)- 

Le duc reçut très poliment les députés, mais dans 
ses discours les traita comme des vassfius, il leur 
demanda quelque satisfaction, ajoutant que slls 
refusaient lui ou ses enfants après lui leur joue- 
raient « un coup fourré. » Puis il chercha par des 
insinuations malveillantes à semer dans Tesprit des 
Genevois la méfiance à Tégard de leurs alliés. 

Les députés ne demandaient que le respect de la 
paix jurée â Vervins et à Lyon» Le duc leur fit alors 
offrir un traité où il s'engagerait à proléger Genève^ 
il réclamait en retour la restitution du château de 
ri le, en outre qu*on fit graver son effigie sur les 



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64 AVA>T L' ESCALADE 

monnaies delavilLej qu'on lui donnât chaque année 
un cheval comme marque d'iïonneurj enfin de pou- 
voir entrer à Genève quand il voudrait et d'i^tre reçu 
comme un grand prince. La députation, la mort 
dans rame, s*en revint sans avoir rien obtenu. Les 
vexations continuèrent durant toute Tannée 1602, 
Qu'ils furent grands ces Genevois du seizième 
siècle. Avec quelle sinoplicité héroïque ils savaient 
faire leur devoir, Genevois de 1902, jeunes gens, 
espoir de demain, ne vous conteniez pas de les 
admirer, faites comme eux, mettez toute votre con- 
fiance en l'éterneL aimez votre patrie, et, comme le 
dit notre cantique suisse : 

Dieu nous bénira da haut des deux. 






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i 



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À 




Cantate 

Bj^écrtU^ le Î2 Décernbre 19 OS an Service solennel dans la 
Cathédrale deSt-Pierre. ^^ Musique de M. le prof. O. Bar- 
blan, paroles de M. le pastet^r D. Delétra. 




La wljt paisible 

E rempart est debout, les poteroes sont closei, 
La garde esta son pos^le, attendant le matin. 
^ Sous l'aile du Três-Ifaut, (ienève, tu reposes 
Et son ceil protecteur veille sur ton destin. 

L'attaque 

Alarme I Alarme î 6 terreur I fl meiuce I 
Entendez vous le Éotsiû dans les airs. 
Voix de maJKeur qui déctiire et qui glace. 
Voix qui sillonne ainsi que tes éclairs. 

Chosur ï>ks fkmmbs genevoises 

Nos mains ne portent pas le iflaive. 
Avec nos (iU et nos époux. 
Femmes, nous combattrons sans trêve, 
Nous combattrons à deux yenoux. 



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J 



Ç8 CANTATE 

< Dieu que Genève révère, 
Qui fis nos aïeux Iriomphaûts, 
Entends notre ardente prière 
Et combats avet^ tes enfants ! * 

Li vicTOiiia 

Les ténèbres ont fuif la lumière s'avance, 
Les cœur^ dësespérês renaissent à l'espoir. 
Cliaïile, vieiïle cité, chante ta délivrance» 
Et bénis l'Eternel qui montra son pouvoir 1 

Ce qu'é laino 




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Lorsque les Savoyards envahirent la petite place qui est au bas de la 
Cité, Madame Royaume jeta sur eux un lourd pot d*étain qui abattit son 
homme et que la tradition a transformé en marmite remplie de riz. p. 96. 

L* Escalade par H. Denkinger, A. Gnillot, Ch. Goth; Eggimann, édit. 1902. 



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Ib' escalade 

PAR 
A. GUILLOT 





ES bruits inquiéUitits stir certains pro- 
jets du iJQC de Savoie couraient le 
monde. Ce ne furent pas les avertis- 
sements qui manquèrent à nos aj'eux. 
V'ers la fin de Tan ICÔI, le roi de 
France écrivît lui-même aux seigneurs de ^lenève 
pour leur dire que, selon les avis qui lui étaient 
parvenus, une agression se préparait contre la ville. 
Il désignait même iVAlhigny et de la Val d'Isère 
comme devant diriger cette entreprise. 

En avril 1602, vint à Genève un nommé Antoine 
Pascal qui vivait à Home, mais avait des parents 



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74 l'escalade 

diins la ville. Le but de son voyage était d'aviser 
les membre du Conseil que le pape, le duc de 
Savoie et le roi d'Espagne Iramaient de grandes 
choses contre la République et qu'on lui avait offert 
des sommes considérables s'il voulait, ayant en 
quelque sorte un pied à Genève, se mettre au ser- 
vice de ces desseins. 

Ce nouvelles furent confirmées le U mai i602, 
par des lettres du duc de LesdiguiÉres qui annon- 
i;aient une prochaine expédition contre Genève, 
conduite par Bninaulieu. 

Les Genevois ne manquèrent pas d'élre préoccu- 
pés de ces avis nombreuK et concordants. On ren- 
força donc les postes, on répara les fortiJications, 
on multiplia les cliaines dans les rues, on cloua sur 
les portes rie la ville des plaques de fer^ on fit des 
prières spéciales pour le salut de la République, 
bref on ne négligea rien pour se bien préparer à 
recevoir Tennemi. Mais comme celui-ci ne se mon- 
trait pas et que les craintes conçues n'étaient con- 
firmées par aucun fait, on se relâcha peu k peu de 
la vigilance nécessaire, on commença à douter du 
périlj on se mit même à rire de la frayeur de 
(pielques uns et a en faire un sujet de plaisan- 
terie. 

Ce n^était pourtant que trop vrai : le duc Charles- 
/^mmaîittei méditait, en pleine paix et contrairement 
au droit des genSj une attîKiue contre Genève, Il ex- 
posa plus lard son point de vue dans un discours 



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j/esgalâde 75 

fait en son nom à l'empereup, aux fins de se discril- 
per des reproches qu'on lui adressait Dans ce dis- 
cours il affirme que soû entreprise contre notre 
ville était à la fois sainte et juste, ftsainte^ parce que 
Genève est le ciief, la pépinière et l'égoùt de Théré- 
sie calviniste; juste, parce que les habitants d'icelle 
sont non seulement rebelles à Dieu, mais aussi à lui, 
leur prince nî^turel. » 

Ponr endormir toujours plus les Genevois^ ii leur 
envoya au commencement du mois de décembrCj 
le président du sénat de Chambéry, de Hocheite, 
soi-disant pour régler certaines Cjuestions litigieuses 
relatives au commerce des vivres depuis longtemps 
entravé entre les paysans savoyards et les habitants 
de la ville, et au sort des citoyens voyageant en 
Savoie ou y possédant des fonds de terre. De Ro- 
ctiette avait ordre de se montrer conciliant à propos 
de tout et de multiplier les bonnes paroles qui ne 
coûtent rien. Chacun donc se prit à espérer que les 
meilleures relations allaient se rétablir avec le 
redoutable voisin, et que le passé devait s'oublier, 
La confiance renaissait dans les esprits et la sécu- 
rité dans les cœurs. 

Brnmrnlieu, gouverneur de la place forte de 
Bonne et beaucoup de gentilshommes de la Savoie, 
profitèrent de la présence de M» de Rochette pour 
se rendre à Genève et parcourir la ville dans tous 
les sens, ils mesurèrent pendant la nuit la hauteur 
des murailles, la largeur des fossés et recueillirent 



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r 



76 L*ESCALADE 

toutes sortes d'informations capables d'assurer le 
succès de leur attaque. 

La ruse ducale avait si bien réussi, que le jour 
qui précéda TËscalade nul ne tint compte de Tavis 
d'un paysan de Chêne, qui arriva tout ému disant 
que des troupes étaient en marche et qu'il fallait se 
bien garder. Le soir du môme jour un cavalier se 
présenta à la porte Neuve et demanda à parler au 
capitaine : 

— Je vous avise, dit-il, qu'un grand danger plane 
sur votre cité. Le duc de Savoie ne vous veut point 
de bien, — Puis il tourna bride et disparut sans 
qu'on pût le reconnaître. Le syndic de la garde 
informé du fait crut sans doute à une mystification. 

— Les Savoyards ne sont pas des oiseaux, répon- 
dit-il, on les verra venir. 

Le malheureux ne se doutait pas qu'il paierait 
plus tard de sa tête une si folle confiance. 

Des gentilshommes de l'armée ducale mettent 
la dernière main à l'organisation de l'attaque noc- 
turne. Des troupes ont été rassemblées à La Roche, 
Bonneville et Bonne. Ce sont des Espagnols, des 
Napolitains, des Français déserteurs, des merce- 
naires en un mot, avec un fort petit nombre de 
sujets savoyards conduits parleurs seigneurs. A leur 
téta est d'Âlbigny, Français renégat, qui est désigné 
quelquefois dans les chroniques sous le titre de 
mef:-(hic^ parce que Charles-Emmanuel lui a délégué 
son autorité sur toute la partie de ses états qui est 



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l'escalade W 

en deçà des monts. Après lui et sous ses ordres, 
Brunaulieu, Fâme de l'entreprise ; avant de partir, 
il s'est fait donner rextréme-onctjon, décidé qu'il 
est ou à réussir ou à ne pas revenir vivant. Puis le 
seigneur de Sonnaz qui brûle de venger son père 
lue par les Genevois à la bataille de Monthoux* 
Enfin Ckaffardmi, (TAUignac^ le baron de la Val 
d'Isère et d'autres encore. 

On a du temps de reste pour surprendre la ville 
endormie. C'est en effet la plus longue nuit de 
Tannée ^ 

Charles-Emmanuel est au pont d'Etrembières. Il 
assiste au délilé de ses bonnes troupes. Ce n'est pas 
sans fierté qu'il constate leur air martial et intré- 
pide. Voici ses fantassins solides comme un roc ; 
voici sa cavalerie au choc irrésistible : voici surtout 
les trois ceots hommes d'élite, désignés pour tenter 
les premiers Tescalalade des murs de Genève, et 
dont les cuirasses ont été noircies pour éviter tout 
scintillement révélateur. Puis viennent maintenant 
des lignées de brancards et de mulets chargés de 
gros marteaux d'acier dont Tun des côtés est tran- 
chant, pour couper les chaînes et enfoncer tes por- 
tes et lesverroux, de puissantes tenailles, de pétards^ 
de claies, de fascines et de ces échelles désormais 
célèbres, un vrai chef-d'œuvre dans leur genre. 

" Avec le changement de calendm*r, lequel ne fui adopté 
qu'un siècle plus tard dani^ les pays protestants, la nuit du 
11 décembre correspond à celle du 21 , 



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78 



Th*KSCAL\DE 



Voici la description fort exacte qu'en fait riiislorieu 
Gautier : 

ft Elles étaient teintes de noir pour n'être point 
aperçues dans l'obscurité: et faites de plusieurs 
pièces qui s'emboîtaient les unes dans les autres 
pour être plus aisément portées par les mulets et 
plus facilement raccourcies ou allongées. I/extré- 
railé d*en bas était pourvue de fer en pointe pour 
être licliées en terre et pour demeurer plus fermes. 
Celle d'en haut, qui devait reposer contre la mu- 
raille, était garnie d'une poulie couverte d*un drap 
feutré, afin de couler plus aisément et sans bruit ^. 
On peut encore les voir à Tarsenal où elles sont 
soigneusement conservées. 




II* 



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l'escalade 7Ô 



n 



Les troupes ducales paraissent s'être partagées 
en deux corps d'armée qui marchèrent sur Genève 
des deux côtés de TArve, Tun par Gaillard. Pinchat 
et Carouge, l'autre par Yillette et Champeh On 
avait choisi cet ilinéraîre un peu détourné pour 
éviter autant que possible des rencontres qui au- 
raient pu donner réveil à la ville endormie, et 
pour que le grondement des eaux couvrit quelque 
peu le bruit des pas et le cHquetis inévitable des 
armes. Ces deux corps se joignirent sous le plateau 
de Champel pour continuer à descendre le cours de 
l'Arve jusqu'à la Jonction , et pour remonter ensuite 
le cours du Rhône par la Couiouvrenière, alors 
presque entièrement déserte» Dans celte marche 
nocturne deux incidents, plutôt comiques, sont â 
signaler. 

Un lièvre effrayé passa dans les rangs des sol- 
dats et fut pris d*abord pour un espion qui s*en- 
fuyait soudain, ce qui causa pour un moment 
quelque inquiétude aux chefs de l'entreprise. Un 
peu p!ys loin ceux-ci, voyant en avant quelque chose 
de suspect, tirent arrêter brusquement leurs soldats. 
Des ombres noires, placées en ligne et pareilles â 
des hommes, barraient le chemin. Etaient-ce des 
Genevois qui, avertis, se disposaient à accueillir 



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J 



L 



80 l'escalade 

les assaillants par une décharge meurlrière? Etail- 
ce une embascade habilement préparée dans la- 
quelle on allait tomber? Cependant ces soi-disant 
ennemis gardent une immobilité bien singulière. 
On approche. Ce sont des rangées de pieux entre 
lesquels les ouvriers d'tme manufacture de tissage 
ont coutume d'étendre leurs pièces de serge pour 
les sécher. 

Enfin tous sont réunis, à peu près sur l'emplace- 
ment du cimetière de Plainpalais. Le père A texan- 
dre Hume^ jésuite écossais, confesseur de François 
de SaleSj qui parait avoir été poar ainsi dire le cha- 
pelain de Texpédition, exhorte une dernière fois les 
troupes et leur prodigue les encouragements. Le 
moment solennel arrive. L'attaque do Genève Ya 
commencer. 






Pour comprendre comment les choses se passè- 
rent, il convient de se représenter que les quartiers 
actuels près de Tancienne grande Poste, du Victo- 
ria-Hall, du Conservatoire de musique, n'existaient 
pas : ce n'étaient alors que des terrains vagues, des 
jardins maraîchers on des ouvrages de fortification 
Totite la rangée des maisons qui va aujourd'hui dn 
Musée Rath à Timmeuble du Crédit Lyonnais n*exis- 
tait pas davantage. 

Les envahisseurs avaient devant eux un fossé 



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l'escalade il 

rempli d*eau qui enlourail toute la vil ie et corarauni- 
qirnil avec le Rhône elle Lac. Au-dessus une haute 
muraille en arriére de laquelle se dressaient les 
maisons de U Corraterie, celles dont la face posté- 
rieure borde la rue de la Cité. A droite j à peu près 
où se trouve le monument du général Dufoun s'éle- 
vait la porte Neuve qui donnait accès dans la place 
de ce nom : elle était bien fermée et gardée par les 
soldats. A gauche, ducdté du Rhûne, la porte de la 
Monnaie par laquelle on entrait dans les Rues 
Basses. 

Le projet des chefs savoyards consistait à escala- 
der la muraille entre ces deux points extrêmesj car 
ils savaient qu'entre le poste duRoulevard de roie^ 
ouvrage avancé qui aliénait â la porte Neuve, et la 
porte de la Monnaie au bord du RhOne, il n'y avait 
pas de sentinelles, ayant remarqué dans leur récent 
séjour â Genève, que la guérite qui se trouvait en- 
tre deux demeurait toujours veuve de gardien. Les 
m ag t s tr a ts . p ar rai son d 'éco n omi e, a vai e n t su p pri m é 
ce poste. 

Le gros de Tarmée fut donc laissé à la Couleuvre- 
nîère et à Pïainpalais, avec ordre d'entrer par la 
porte Neuve dès que celle-ci serait ouverte, au pre- 
mier signal, et ceux qui avaient été désignés pour 
TEscalade proprement dite se rendirent au bord du 
fossé, se gardant de faire le moindre bruit. Soudain 
une troupe de canards effarouchés prend son vol 
avec force cris et battements d'ailes. A ce tapage les 



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'^1 l'ëSCALAT}E 

assaillants sont consternés. Bientôt pourtant le 
calme se rétablit. Les soldais de la Monnaie ont bien 
entendu ijuelque chose, mais, mettant là frayem^ 
subite de celte genL volatile sur le compte d'une lou- 
tre, déjà signalée, il ne s'en préoccupent pas autre- 
ment. 

Après cette alerte, les cuirassiers se mettent à 
l'œuvre. Ils comblent le fossé avec des fascines et 
des claies, el parviennent jusqu'au pied de la mu- 
raille contre laquelle ils dressent trois échelles. 
Deux heures ont sonné déjà à la tour de Saint- 
Pierre ^ D'Albigny es! présent pour encourager les 
Ijens et assurer la (îdt'le exécution de son plan. Le 
père Alexandre exhorte les soldats ; leur promet- 
tant, en cas de malheur, de célestes récompenses, 
et distribuant de petits billets renfermant des priè- 
res capables de les préserver du feu, du fer et de la 
mort. — Montez seulement, dit-il, montez ! Ce sont 
les degrés du paradis. 

Les échelles avaient été placées en face de la mai- 
son Tliellusson où était déjà cette tour carrée qui 
avance sur la Corraterie. naguère local de la librai- 
rie ancienne Delay, bien connue de toute une géné- 
ration^ aujourd'hui servant de magasin à MM. Bron 

1 La secr(5taire Oautter» dans le récit ^ûvoyé k Zuiich, le 
13 décembi'et dit que lyâ ecnemis amvèreol à deux heures et 
commencèreul k monter à trois heure» ♦ Le récit du registre 
de la Compagnie des Pasteurs dit qu'ils gravirent lea échelles 
de deuï à trois heurea- 



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l'escalade '9$ 

et Berguer, Sur le ctiemin de ronde, entre la mu- 
raille et cetif) maison ; apparaissenl bientôt de Son- 
nazj d'AUi^ac et six de leurs compagnons. Ils gra- 
vissent le chemin de la Tertasse, pénètrent par la 
porte de ce nom, alors ouverte et dépourvue de 
garde, dans laGrand'Rue, descendent la Cité,se glis- 
sent dans les Rues-Basses jusqu'au Molard, sans 
voir âme qui vive, et reviennent an plus tôt annon- 
çant que Genève dort et ne se doute de rien. Les 
chefs Font si assurés du succès que d'Albignj se 
ïiâte d'envoyer â Charles-Emmanuel un message 
ravisant que l'affaire est en bonne voie et qu'on 
peut la considérer comme faite. Le duc lui-même 
dépêche des courriers dans toutes les directions pour 
faire savoir cette bonne nouvelle, et dès le lende- 
main, en Savoie, en France et en Italie, on ne parle 
que de la prise de Genève. C'était vendre la peau 
de l'ours avant de l'avoir tué. 



Tout marchait donc â souhaiU Le silence était 
absolu, Tobscurité profonde. A mesure qu'ils arri- 
vaient, les cuirassiers allaienL se ranger le long des 

maisons ou s'étendre sous le parapet en attendant 
le signal de Taction. Près de deux cents hommes 
avaient déjà envahi les remparts et le nombre des 
envahisseurs ne cessait de s'accroîtrej lorsqu'un in- 



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SI l'escalade 

ciUent imprévu vint précipiter les choses et forcer 
les Savoyards à se démasquer plus vile qu'ils n'au- 
raient voulu, 

ïln soldat de la Monnaie, ayant entendu quelque 
bruit dans le fossé, avertit sou caporal, F^'ançois 
Bou^ezel^ et bientôt tous deux sortent du poste avec 
une Janterne, pour voir s'il ne se passe pas quelque 
chose d'insoUte. A peine ont^ls fait quelques pas- 
qu'ils se beurtent à des hommes armés- Brunaulieu 
se jette sur le caporal et Tégorge avant qu'il ait eu 
le temps de crierj mais le soldat làcba son coup 
d'arquebuse, bat en retraite et parvient à s'enfuir 
au corps de garde» Des cris se font entendre. Des 
lumières apparaissent aux fenêtres. Bientôt le son 
grave de la Clémencej et le son strident de la clo- 
che d'argent, puis le carillon de toutes les églises, 
apprennent aux Genevois qu'il faut se lever et pren- 
dre les armes, que Tennemi est dans les murs et 
qu'il s'agit de le repousser. 

Malgré ce contre temps, Brunaulieu ne désespère 
pas de réussir en agissant promptement. Il tâchera 
donc de s'emparer au plus tôt de la porte Neuve, 
et de l'ouvrir soit avec la clef, soit en y appliquant 
un pétard, afin de donner entrée aux régiments qui 
attendent à Plainpalaîs et, pour laisser aux siens le 
temps nécessaire, il s'efforcera d'écarter à tout prix 
de la place Neuve les défenseurs de la ville. Pour 
cela, il lui faut obstruer les portes de la Tertasseet 
de la Treille, occuper celle de la Monnaie et aussi 



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L ESCALADE 85 

les maisons de la Corraterie dont les allées Je tra- 
verse peuvent livrer passage aux (.Tenevois et ^fon, 
(l'ailteurs^ il était possible de diriger un feu meur- 
trier sur les assaillants qui ne cessaient de monter 
par les échelles. 

Le plan était bien con^u^ maiSj par bonheur, Bru- 
naulieu n'avait pas encore assez d'hommes sous la 
main. C'est ce qui en compromit Texécution, 




m 



Tandis que les citoyens sortaient de leurs maisons 
à demi vêtus, mais les armes à la main, pour se 
remire, les uns à leurs quartiers militaires, les au- 
tres à VendroiL où ils entendaient des coups de feu 
et des bruits de bataille, les agresseurs dirigèrent 
donc contre eux plusieurs MEque^ siynuUanées^ 

Chaffardon, à la tête d'un détachement, se jette 
sur le poste de la Monnaie, 11 est chaudement regu 
par les soldats qui y sont barricadés* Mais la supé- 



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86 l'bscaladb 

rtorité duûombre l'emporte. Il s'empare du bâtiment 
et pénètre sur la petite place de la Cité- Là, il ren- 
contre quantité de bourgeois qui arrivent parles 
Rues -Basses et la haute ville. Une lutte désespérée 
s*engage, avec des alternatives diverses* C'est là 
que tombèrent, parmi les Genevois : Poteau^ ^^^y^ 
GalUttin, Bandière, En On les Savoyards faiblissent, 
ils reculentj ils sont rejetés sur la Corraterie en 
laissant nombre des leurs sur le carreau. 

Un autre groupe d'assaillants a enfoncé la porte 
de Tallée de Julien Piaget, entre la tourThellusson 
et la Monnaie K Mais, derrière la porte, le commis 
de Julien Piaget, Abraham de Baptista, une épée à 
la main, barre courageusement le passage. Il tombe 
percé de coups, au moment où des citoyens qui des- 
cendent la rue de la Cité entrent par l'autre issue de 
la maison. Bientôt les envahisseurs sont en déroute, 
en partie massacrés dans une écurie où ils ont cher- 
ché un refuge, en partie rejetés sur la Corraterie 
d'où ils sont venus. C'est là que le Genevois Picttc 
Cabriol tombe pour ne plus se relever. Une autre 
attaque des Savoyards contre la maison du pâtissier 
Âguiton, entre la tour Thellussonet]a Tertassej n'a 
pas plus de succès. 

La troupe qui a gravi le chemin de la Tertasse 
n'a pas de peine à occuper la porte de ce nom qui, 
comme nous Tavons vUj était alors ouverte et non 

*■ Corraterie 11^ 



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Jean SAVION, Syndic (1565-1630) 

Auteur présumé dm : « Annales de la cité de Genève »- 
Il reTétit sii fois Iîa digoîté syndicale. Le ConseJ! TeTivojH 
plusieurs fois eu iniât^ioû diplomatique auprès dei^ cours, de 
Fiance et de Savoie, 11 Jlt partie avec J. Leol ei J. Aujorraai 
ile la derpière dépiUation eavoyée par Genève à Tarin vorn 
Cliarlea Euiiiianiiel (Nov. 1601). Voir^^pa^e ; 03, 



L'Esc ALuiE par E. Dâiikiagor, A, Gniliot, Ch, ChïCh ; Bggimann éd, IS^H 



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L 



t'BSGÂLADB S9 

gardée; et à s'y barricader. Mais les Genevois ne les 
y laissent point tranquilles. De grands coups se 
portent de partetd*untre. Là, succombent au champ 
d'honneur le vieux syndic Cmiai^ qui montre la té- 
mérité d'un jeune fiomme, l'architecte Nkoim Bo- 
tjueret, cetui môme iiui construisit la rampe de l'Hôtel 
de Ville, et plusieurs sont blessés. Après une lon- 
gue lutte, la porte est dégagée, et les ennemis sont 
refoulés sur la place Neuve. 

C'est làqu^étaitj répétons-le. le nœud de la situa- 
tion. Si les Savoyards avaient pu faire sauter la 
porte, les troupes qui attendaient au dehors enva- 
hissaient aussitôt Genève, sans résistance pos- 
sible. 

C'est pourquoi Brunaulien en personne avait di- 
rigé l'attaque de ce côté là. Le poste genevois se 
composait de treize hommes, La plupart ayant lâché 
leur coup d'arquebusej se replièrent vers la porte 
de l'Hôtel de ville, qui se referma bientôt sur eux. 
Brunaulieu restait maitre de Neuve^ du moins il le 
croyait, et Tun des siens faisait déjà jouer le pétard 
pour en rompre les battants, quand le soldat îsaac 
Merder, Lorrain au service de Genève, qui n'avait 
pas fui avec les autres, mais s'était hissé à Tétage 
supérieur, fit tomber la lourde herse, seconde porte 
de fer qui glissait dans des coulisses et qu'on te- 
nait ordinairement soulevée par des chaînes. En 
vain s'etTorça-t-on de la soulever de nouveau ou de 
la briser? Elle olïrit une barrière immuable et iu- 



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90 l'escalade 

franchissable ^ Tandis que les hommes de Brunau- 
lieu se démenaient autour de cet obstacle imprévu, 
ils furent attaqués par des citoyens venant du haut 
de la ville, et durent faire face à l'ennemi. C'est là 
qu'eut lieu un combat homérique, corps à corps, 
sans merci. Deux fois les Genevois furent repoussés 
grâce aux renforts que déversaient toujours les 
échelles, mais à la fin, ayant été rejoints par un fort 
contingent de citoyens, ils reprirent la Porte-Neuve, 
et les Savoyards se trouvèrent bientôt tous acculés 
à la Corraterie, près du mur par lequel ils étaient 
venus. C'est alors qu'un coup de canon, parti du 
boulevard de l'Oie, rompit deux des échelles et pré- 
cipita dans le fossé nombre de cuirassiers. 

Les régiments qui attendaient à Plainpalais cru- 
rent que ce coup de canon était le signal convenu, 

* Isaac Mercier fut, après Dieu, le vrai sauveur de Genève. 
On lui donna quelquefois des gratifications en argent pour 
reconnaître le service rendu. Ainsi, " le 7 janvier 1603, la 
Compagnie des Pasteurs vota « qu'on fera présent d'un du- 
caton de l'argent de la Compagnie à un poure garçon blessé 
au jour de nostre danger et qui avoit fait ce bon service à la 
ville que d'abattre la coulice ».De même le 10 décembre 1630: 
« Luy esté donné un thaler en mémoire de ce qu'il baissa la 
colisse à l'Escalade ». C'était maigre. Notre génération, plus 
reconnaissante, ne pourrait-elle pas donner le nom d'une de 
nos rues au brave soldat dont le courage et la présence d'es- 
prit firent le salut de la ville ? 

M. Louis Dufour-Vernes a déjà, émis ce vœu dans son écrit 
sur La Promenade de la Treille à Genève (Bulletin de l'Ins- 
titut national genevois, tome XXXIII. p. 368). 



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i^i^>fcaite^f I f 1 1 1 Vtirif 1i j InfJifliliîÉf 



l'bsgalade il 

et les tambours de battre, les trompettes de sonner 
comme pour la victoire, au moment même où com- 
mençait la déroute de leurs amis* 

Des fenêtres de !a Corraterie tombent des tor- 
chons de paille enflammés qui Ytennent éclairer 
cette scène nocturne, et de ces mémos maisons que 
les Savoyards ont vainement attaquées, comme de 
celles qui dominent la Tertasse, et aussi de Tile du 
Rhône, partent des coups d'arquebuse qui ravagent 
leurs rangs ; ils vendent chèrement leur vie. Michel 
Monnard, Daniel Bumbert, Jacques j/erne/*. Jaques 
PeliU viennent grossir les perles des Genevois qui 
ont déjà vu tomber autour de la porte Neuve Jean 
Guignet, Jean Vandel et Martin Dehoto. Brunaulieu 
qui ne veut pas survivre à la défaite, périt les 
armes à la main- Mais la plupart de ses compa- 
gnons cherchent leur salut en se dévalant du haut 
des murailles au risque de se rompre les membres^ 
ce qui arriva à plusieurs ^ 

Vers cinq heures et demie du malin les Genevois 
étaient redevenus entièrement maîtres de la place ; 
ils avaient entre les mains des prisonniers de mar- 
que; et le canon de la Treille, pointé contre Plain- 
palais, achevait la déroute de la cavalerie et de 
rinfanterie ducales. 

' Qoulart raconte que quelques-uns de ces hommea armés 
■ étant rudemsat châus ^\ir\& père Âleiandr**... il a emporté 
les marques en Avi^^iioa, qù il s'est relirt^ quelques bernai nés 
aprèâ^ mns avoir chaut i^ ine^ââ iJedi^ns là temple d& Sftint- 
Pierre, comme il s'en étoii v&nté. » 



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92 i'KSCALADE 

^ D'Albigny, raconte Gautier, consterné du fu- 
neste événement de son entreprise, si bien concer- 
tée et si mal exécutée, voyant que les courtauds de 
boutique, comme il appelait les Genevois, avaient 
(les bras pour se défendre et du cœur pour faire 
sauter les murailles à ses gens, fit sonner la retraite 
qui vint à propos, à ses troupes, maltraitées et tran- 
sies de froid et de peur* Elles se retirèrent à la bâte 
et en désordre, du coté de Bonne, et rapportèrent 
au duc le malheureux succès de leur entreprise. 



V n»»^ * ^ 




m 



C'est ainsi que notre ville qui. à vues humaines^ 
était déjà prise et perdue, fut sauvée par Ténergie 
de ses habitants, par i'héroïijue dévouement de 



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l'escalade 93 

plusieurs, et aussi, on peut le dire^ par une inter- 
vention providentielle, car ce furent des circons- 
tances fortuites où la volonté de l'homme n'entre 
que pour fort peu de chose^ qui déjouèrent le? cal- 
culs les mieux combinés : un brnit dans le fossé ; la 
ronde de Rousezel ; la lierse qui, retenue par une 
force inconnue, quelques grains de sable peut-être, 
ou un peu de rouille dans la coulisse, ne veut plus 
se relever ; un coup de coulevrine qui; tiré dans In 
nuit, sans but précis, rompt les écbelles et achève 
de déconcerter les assaillants. Il fut évident pour 
tous, selon Texpreasion du secrétaire d'Etat, qu'en 
ce jour « Dieu besoîgna pour nous, pauvres enfants 
de Genève ». 

Les difticultés de la lutte furent très grandes et, 
du côté genevois, dans les pires conditions, 

?fos pères, réveillés en sursaut, sortant à demi- 
nus de leurs maisons, ayant trouvé plus vite, comme 
on l'a ditj leurs armes que leurs vêtements, ne 
savaient pas au juste ce qui arrivait, ni sur quel 
point il fallait se porter de préférence. Ils ignoraient 
le nombre des assaillants, leur plan d'attaque, et 
purent se figurer tout d'abord que Tenue mi était 
entièrement maître de la ville et qu'il n'y avait plus 
qu'A mourir. 

Cette confusion fut encore augmentée par la tac- 
tique des Savoyards, qui se reconnaissaient et se 
ralliaient les uns les autres, selon qu'il était entendu 
entre eux. par ce claquement de la langue que fait 



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9i l'escalade 

un cavalier lorsqu'il veut exciter son cheyalj mais 
qui criaient ; « Amis ! » s'ils rencontraient un 
groupe de Genevois, ou encore, pour les dérouter 
et les écarter du foyer de la lutte : « L'ennemi est 
aux portes de Rive ! » Ce fut seulement lorsque le 
combat eut été engagé sur toute la ligne que ces 
cris : « Vive Espagne! Ville gagnée ï » retentirent 
dans tous les groupes; portant an loin rintimidation 
et la terreur. 

L'obscurité profonde où Ton était plongé offrait 
un obstacle de plus, La nuit continuait à être ^ aussi 
noire que d*encre », comme dit la chanson. Sans les 
torchons de paille entlammée. déjà mentionnés, les 
défenseurs de Genève n'eussent pu achever leur 
œuvre et aurait risqué de s'entre-détruire. Il est 
probahle que ce furent les femmes qui éclairèrent 
ainsi leurs maris et leurs frères, combattant sous 
leurs yeux. Comme on le dit plus tard en plaisan- 
tent, elles sacrifièrent leurs paillasses sur Tautel de 
la patrie» Elles étaient prêtes, d*ailleurs à d'autres 
sacnficos. 



* * 



Quelques-uneSj en effet, ne se bornèrent pas à 
un rôle secondaire et prirent une part active à la 
lutte. Simon Goiilart, qui fit une relation de l'Escalade 
quelques Jours après Tévénement, et Jean Sarasirij 



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l'escalade 95 

l'auteur du Citadin de Genève *, s*accordent à nous 
montrer des femmes parcourant les rues la halle- 
barde à la main et, comme si toute leur vie elles 
avaient manié les armes, se comportant en vrai 
soldats. Une d 'elles j au dire d'un chroniqueur , 
debout sur le seuil de sa maison et munie d'une 
longue piijue, blessa plusieurs Savoyards et les em- 
pêcha d'envahir sa demeure. 

Les noms de ces héroïnes ne sont pas parvenus 
à la postérité, sauf celui de M""* lioifaume. Mais 
avant de parler de celle-ci, raconlons un fait singu- 
lier qui arriva à jI/"" Jtdien PiageL née Jmmie 
Baiid. Eiïrayée au bruit des ennemis qui, après 
avoir tué Abraham de Raptislaj son commis, enva- 
liissaient déjà Tescalier de sa maison, et sous le 
coup d'une surexcitation nerveuse qui décuplait ses 
forces, elle parvint à pousser contre sa porte un 
meuble extrêmement lourd, puis, ouvrant sa fenê- 
tre, elle appela à son secours des Genevois qui des- 
cendaient par la rue de la Cité et leur iam;a les 
clefs de Faltée. Le meuble, remué pai- elle, était 
d'un si grand poids que^ le lendemain elle fut inca- 
pable de récarter, et que trois hommes forts ne 
furent pas trop pour défaire ce qu'elle avait fait 
elle-même si facilement pendant la nuit. 

Un nom vraiment populaire est celui de M™^ Royau- 
mej ou de la mère Royaume, comme on dit volon- 

) Dana là Vra^/ discoUf*s. de la miraauUv^t délier anci^^ 
qu'on lui attribua. 



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96 l'escalade 

tiers à Genève. Elle a bien mérité les deux intéres- 
sants écrits que lui a consacrés M. Louis Dufour, 
archiviste d'ElaL Elle était née Catherine Cheynel, 
et avait épousé Pierre Royaume, de Lyon, reçu 
bourgeois en 1598, et graveur de la Monnaie. C'est 
â cause de cet emploi que la famille Royaume occu- 
pait un appartement dans Timmeuble de la Mon- 
naie, propriété de l'ELat^ 

Lorsque, les Savoyards envahirent la petite place 
qui est au bris de la Cité, M"»« Royaume, joignant 
ses elTorts à ceux des patriotes, jeta sur eux tout ce 
fju'elle Iroiiva sous sa main, pour les assommer ou 
tout au moins les inquiéter dans le combat : des 
pierres, de? oulils^ un fond de tonneau qui parait 
avoir fait merveitle, enfin un lourd pot d'étaiu qui 
abattit son homme et que la tradition a transformé 
en marmite remplie de soupe au riz. Ce pot d'étain 
fut longtemps et pieusement conservé dans la famille 
Royaume^ puis il passa à TArsenal et y resta jus- 
qu'au commencement de ce siècle. Il disparut pen- 
dant la domination française. 

L'anecdote de M"^ Royaume n*est donc point une 
légende. Celle femme genevoise a vécu en chair et 
en 0S5 et si le nom qu'elle tenait de son mari s'est 
éteint au XVIil^ sièclej elle a laissé des descendants 
authentiques dans des familles genevoises connues 
et respectées : les Des Arts, les Sautter, les Hum- 
bert, les Claparède. 

< YqIt mis 2 page m* 



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l'escalaj&k $% 

Pour en finir avec le rôle des femmes pendant la 
nuit de TEscaladCj n'omettons pas un trait touchant 
qui nous a été conservé par un chroniqueur. Il 
parle de celles qui « se tinrent coyes en cette nuit- 
là dans leurs maisons, et vaquèrent à prières et à 
oraisons ^. 

Ainsi, tandis que les échelles continuaient k dé- 
gorger sur nos murailles de nombreux ennemis^ 
tandis que des cris de haine, de rage et de sang 
retentissaient sur le théâtre de la lutte, tandis que 
les citoyens genevois, daus Tardeur de la bataille, 
étaient exposés aux coups d'épée et aux coups de 
feu, risquant leur vie pour le salut de la cité^ leurs 
femmes, leurs mères, leurs filles et leurs sœurs, 
auxquelles il convient d'ajouter les vieillards et les 
enfants, comme jadis Moïse sur la montagne pen- 
dant que les Israélites en venaient aux mains avec 
les Amalécites, priaient avec ferveur le Dieu qui 
peut tout, le Dieu qui peut sauver do péril les peu- 
ples et les individus. Et TEternel entendait leur cri 
et faisait droit â leur requête. 




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98 l'escalade 



Reslés maîtres du champ de bataille, les Gène- 
Tois comptèrent» gisant sur le soU cinquante-quatre 
cadavres ennemis (un plus grand nombre mourut 
en Savoie des suites de blessures), et ils avaient 
entre les mains treize prisonniers , Que devaient-ils 
faire de ceux-ci ? Il y avait parmi eux des gens de 
haute noblesse, comme le comte de Sonnaz, cou- 
sin germain du duc de Savoie, le seigneur d^Atti- 
gnac, de Galiiïet, et d*aatres encore. 

Leur procès fut promptement terminé. La pru- 
dence conseillait de les épargner, mais Tindigna-" 
tion populaire était telle que les magistrats durent 
y céder. On ne les considéra pas comme des belli- 
gérants pris les armes à la main et ayant droit à 
des égards, mais comme des voleurs qui étaient 
venus de nuit et avaient voulu pénétrer par effrac- 
tion dans la ville et dans les maisons. Malgré leurs 
titres nobiliaires ou leur qualité d'officiers et de 
soldats de l'armée ducabj ils furent donc condam- 
namnés à être pendus, comme de vulgaires crimi- 
nels, 

La sentence, prononcée au matin du i^ décem- 
bre, fut exécutée le même jour, à deux heures et 
demie après midi- Toutes les offres de rançons 
furent reppussées, ainsi que les requêtes de plu- 



L 



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l'escalade #9 

sieurs, âésireax de subir une peine moins infa- 
mante que la pendaison. Le soir, on pouvait voir 
soixante-sept têtes, — celles des exécutés et celles 
dei morts dans le combat^ — attachées à des pieux 
le long du boulevard de l'Oie. Elles semblaient con- 
templer le lieu même de leur nocturne forfait- Le 
Rhône roulait autant de cadavres décapités, sauf 
pourtant celui de Sonna? qui fut rendu aux instan- 
ces de la comtesse sa femme, laquelle mourut de 
chagrin peu de temps après* 

On peut reprocher aux Genevois d'avoir montré, 
dans cette circonstance, une excessive précipitation 
et une rigueur extrême, en regrettant de n'avoir pas 
à enregistrer un acte de clémence qui eût témoigné 
en faveur de l'esprit chrétien de la République pro- 
testante. Mais il faut tenir compte des mœurs de 
Tépoque, qui étaient rudes, et de l'explosion de 
légitime colère que produisit dans la ville cette 
attaque faite en pleine paix, immédiatement après 
la mission sournoise et si pacifique d'apparencej de 
M. de Rochette, Il faut se dire aussi qu'un acte de 
chrétienne miséricorde n'eût pas manqué d'ôtre 
interprété comme un acte de faiblesse dû à la 
crainte des hommes. Et d'ailleurs, tout sentiment 
de pitié pour les coupables s'atténue et tend à dispa- 
raître, quand on songe au traitement qu'ils étaient 
résolus â infliger k Genève, en cas de succès. 

Le duc avait promis à ses soldats le sac de la 
ville, abandonnant à leurs violences la population 



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i 



Idf l'bscàlade 

féminine et leur recommandant de tuer sans merci 
tons les hommes. Après trois jours de pillage, tout 
ce qui resterait^ maisons, propriétés et richesse, 
devait passer dans les mains du duc, qui en dispo- 
serait à son gré. <^ Quant aux Seigneurs du Petit 
Conseil restant en vie, on devait, dit Goulart, les 
faire traîner ignominieusement et cruellement par 
dessus le pavé des rues, puis les faire attacher à 
des gibets* Quant aux ministres de TEglise de Ge- 
nève, ils étaient condamnés à être tenailléSj brûlés 
à petit feUj et leurs corps réduits en poudre, réservé 
la tôte du plus ancien d'entre tous^ laquelle eût été 
portée à Rome et offerte en agréable présent au 
pape. » 

Nous ne savons quel crédit il faut accorder à ces 
dernières assertions du chroniqueur, mais, puisque 
nous avons nommé le souverain pontifej c'est le mo- 
ment de dire qu'il paraît avoir été fort affligé du 
mauvais succès de TEscalade. Dans les dépêches de 
Tambassadeur vénitien à Home, dépêches conser- 
vées aux archives de Venise et publiées par M, le 
consul Cérésole, nous lisons en effet ce qui suit : 

ffi La nouvelle de Tentreprise tentée récemment 
par le Seigneur duc sur la ville de Genève, apportée 
par un coui-rier accéléré à Monsieur l'ambassadeur 
de Savoie, et transmise aussitôt à rillustrissime 
Seigneur Cardinal Âldobrandini, a donné lieu dans 
celte cour à beaucoup de pourparlers. Le pape a été 
fort affligé de ce que Tentreprise ait été vaine^ et 



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l'bscàladb lOi 

dans quelques coudes paroles adressées hier par 
lui, sur ce sujets k l'ambassadeur de France, il a 
cherché une excuse dans la pieuse intention de Son 
Altesse, et a paru croire que pour ce motif, le roi 
très chrétien n'en aurait pas de plaisir, puisqu'il 
s'agit du service de Dieu dans la destruction de race 
criminelle. » 



n 



Outre une trentaine de blessés dont aucun ne 
succomba, les Genevois eurent à déplorer la perte 
de dix-sept bons citoyens, trouvés gisants au champ 
d'honneur. Nous avons cité, en passant, leurs noms, 
sauf celui de Marc Camhiague. 

Il était légitime d'accorder aux dépouilles mor- 
telles de ces nobles victimes des honneurs excep- 
tionnels, et les Genevois ne se iirent pas faute de 
leur rendre ce témoignage mérité de reconnaissance 
publique. Elles furent inhumées, toutes ensemble, 
dans le cimetière de Saint-Gervais, le long du mur 
septentrional du temple, sur lequel l'inscription 
suivante fui gravée en latin : 

<c A Dieu tout bon, tout grand, tout saint. Ceux 
dont les noms sont écrits et dont les corps reposent 
ci-dessouSj ô nos descendants, quand les ennemis 
s'introduisirent en pleine paix dans notre viOe, leur 



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i (»^ l'esgâljidë 

opposant bien à propos, dans cette extrémité, leurs 
armes cotirageuses et tous leurs autres moyens de 
défense, sont tombés pour la République, d'une 
mort glorieuse et honorablej le 12 décembre 4601 
C'est pourquoi le magnifique Petit Conseil à pris 
plaisir à leur décerner ce monument à perpétuité. » 

Jean Canal, conseiller, 
Louis Bandièhë. 
Jean V'andël. 
Louis Gallatin. 
Pierre Cabriol. 
Marc Cambiaguk. 
Nicolas Bo&UËHËT, 
Jacques Mërciëu, 
Abraham De BArnsTA. 
Martin Debolo. 
Driniel Humeskht. 
Michel MoNARD, 
Philippe Poteau- 
François Bousezël. 
Jean Guigset. 
Jdcques Petit, 
Girard Muzv, 

A cause des percements de rues qui se préparent, 
les ossements des victimes de TEscalade ont été 
transportés pieusement, en 1895, de Tautre côté du 
mur, dans le temple, où rinscriplion ci-dessus a 
été soigneusement reproduite. 



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i/escalade 4BÏ 



VII 



Sî nos ancêtres se montrèrent reconnaissants 
envers les hommes, ils n'oublièrent pas de rendre 
grâce à Celui qui s'était servi de ces hommes pour 
sauver Genève, 

On a souvent raconté que Théodore de Bhze^ 
n'ayant rien entendu pendant la nuit à cause de sa 
surdité, quand on lui eut décrit Taffaire et qu'il eut 
vu les morts couchés sur le carreau, s'écria: ^ Mon- 
tons à la maison de TEternel », et entraîna le peu- 
ple après lui, dans la caihédralej pour remercier 
Dieu. 

Le fait est41 authentique î Aucun des récits con- 
leraporains n'en fait mention. N'oublions pas que le 
\% décembre était un dimanche, et que les temples 
furent ouverts aux fidèles ce jour-là, comme de cou- 
tume. Mais si Ton en croit Esâie CoUmion, les ser- 
vices religieux semblent avoir été en partie suppri- 
més ou tout au moins simplifiés, et en général 
moins fréquentés que d'habitude. Voici en effet ce 
que nous lisons dans son Journal : 

€ Le dimanchejjourde l'exécution, on ne lit point 
le prêche du matin — il veut parler de celui qui se 
faisait avant jour. — A celui de huit heures ne 
se purent trouver beaucoup d'tiommes. M. de la 
Faye expliqua le Psaume CXXIVj lequel on avait 



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404 l'escalade 

chanté. On ne fît point de cathéchisme. Au soir, 
M. Jaquemot fit seulement la grande prière, la- 
quelle il amplifia fort à propos ; le même se fit aux 
autres temples. » 

Il n'est point question dans ces lignes du véné- 
rable doyen de l'Eglise de Genève, ce qui ne veut 
pas dire, d'ailleurs, qu'il n'ait pas pu prendre la 
parole quelque part pour exprimer son sentiment, 
dans une prière ou dans un discours. Mais on ne 
peut rien affirmer à cet égard, en se basant sur des 
documents primitifs ^. 

Ce fut dix jours après l'Escalade, le mardi 21 dé- 
cembre, que les Genevois célébrèrent un Jeûne 
solennel et que, selon un récit du temps, « tout le 
peuple, depuis le plus grand jusques au plus petit, 
se montra zélé... à rendre grâces à Dieu et... à faire 
retentir ses louanges ». 

Alors, il purent chanter de tout leur cœur ce 
Psaume CXXIV, qui demeura le cantique de l'Esca- 
lade, et qui fut, dès lors, entonné chaque année 
dans nos églises, le 12 décembre, de 1603-1782, 



* Le récit que fait rhistorien de Genève, Antoine Gautier, 
est certainement Torigine de cette anecdote. Voici ce qu'il 
raconte : « On dit que Th. de Bèze, qui était alors dans sa 
83* année, n'entendit point le bruit de TEscalade, et qu'il fut 
fort surpris quand on le mena voir le lendemain les morts 
jonchés le long de la Corraterie. Quoiqu'il ne prêchât plus, il 
ne laissa pas de monter en chaire ce jour-là. Il fit chanter le 
Ps. 124... qui s'est toujours chanté depuis à pareil jour. » 



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M"» Julien Piaget... parvint à pousser contre sa porte un meuble extrê- 
mement lourd... Page 95. 

L*EsoALADB par H. DenMnger, A. Gnillot, Ch. G^oth; Bggimann éd. t902. 



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■^tr 



l 



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l'kscaiade \ 07 

tant qu'on célébra ofïiciellement et religien sèment 

lîi grande délivrance ; 

Ohl Q a Israël peut bien dire en ce jour 
Que si là ciel poae noua n'eût pas été, 
Si i& Seigaeur tx^eiït son peuple atsâlatâv 
C'en était fait sans eapoir de retour, 
Quand Tennemi âur nous ae fut jeté. 

Des conjurés les rapides torrents 
Eussent sur nous cent et cent fois passé, 
Mai» i^luire h Dieu qui n'est plui;; courroucé, 
Et qui u'a point permis à cea tyrans 
D'engloutir tout, comme ils Tavaieat pende. 



VIII 

Il nous reste à signaler les sentiments de bien- 
veillance que. mulgré les entreprises et la haine 
dncalesj les populations savoisiennes des environs 
ont toujours témoignés aux Genevois. 

L'armée de Charles-Emmanuel, avons-nous dit, 
se composait, dans sa majeure partie, de Iroupes 
étrangères, et ne renfermait que très peu de Sa- 
voyards. 

Ce furent des Savoyards qui s'efforcèrent de don- 
ner aux Genevois des avertissements malheureuse- 
ment peu écoutés. Leurs sentiments étalent si con- 
nus que les régiments de d'Albigny^ en route pour 
Genève au soir du ^1 décembre, arrêtaient les 



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â 



i 08 l'escalade 

paysans sur la route^ de peur qu'ils n'allasBent don- 
ner L'alarme à la ville. 

Ces bonnes relations réciproques apparurent 
d'une façon édatanle lors de la signature du traité 
de Saînt-JuUenj qui assurait la paix entre la Savoie 
et Genève, C'était le ISS juillet 1603, Les campa- 
gnards de la contrée avoisinante, rassemblés à 
Saint-Julien^ attendaient en foule autour de la mai- 
son où discutaient les négociateurs. Tout à coup, 
vers onze heures du matin^ M. de Rochetle parait à 
une fenêtre et s'écrie : « Réjouissez-vous, mes amis, 
et louez Dieu 1 La paix est signée I ^ Alors une 
joyeuse clameur se fit entendre, et bientôt la multi- 
tude de nos voisins envahissait Genève, non pour 
y porter le fer et le feu, mais pour serrer amicale- 
ment la raaiu de nos pères et fêter avec eux le réta- 
blissement public de Tancienne cordialité. 

Les Savoisiens, si nombreux à Genève, peuvent 
donc fêter avec nous la fête de l'Escalade sans au- 
cune arrière-pensée, La tentative criminelle dirigée 
contre nous fut tramée par les princes, par les di- 
plomates, par les gouvernements : les peuples n'y 
furent pour rien. L'anniversaire du 12 décembre, 
bien loin d'éveiller dans les cœurs genevois contre 
leurs frères de la Savoie, des souvenirs amers, 
remet plutôt en mémoire les services rendus et rap- 
pelle une séculaire amitié. 



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l'escalade 109 






Lorsque le secrétaire de la Compagnie des Pas- 
teurs, au malin du 12 décembre i602, écrivait sur 
le registre officiel la relation de ce grave événementj 
il termina son récit par ces mots : « Genève se sou- 
viendra à jamais de la suprême bonté de Dieu qui 
l'a tiré d'un si grand danger el ruine totale par sa 
seule main ». 

Il avait raison. Genève s'est souvenue^ et Genève 
se souvient» 

Elle se souvient de la délivrance merveilleuse que 
Dieu lui accorda, non seulement à cette date annuel- 
lement commémorée, mais encore dans d'autres 
circonstances où elle fut près de périr, où elle 
aurait sûrement succombé sans un secours imprévu 
et providentieL 

Elle se souvient — el nous espérons que la jeune 
génération se souviendra — que le péril national 
peut changer de nature avec les siècles el qu'il faut 
toujours se tenir en garde. Le souvenir de Teffroya- 
ble catastrophe^ qui faillit emporter nos ancêtres 
endormis dans une sécurité trompeuse, servira à 
jamais d'exempte el d'avertissement. El comme 
écrivait le pasteur Simon Goulart^ le Saint-Gervai- 
sâHj ainsi qu'il s'appelle lui-même parce qu'il exer- 
çait son ministère dans le faubourg de Saint*Gervais, 



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à 



L 



1 1 l'escalade 

daûs une lettre à un sien ami où il relate TEscalade 
qu'il avait vue de très près : « A la vérité^ nous 
sommes comme un petit troupeau de moutons contre 
infinis escadrons de lions et de loupSj mais notre 
berger tout puissant n'est pas mort ; il nous a gar- 
dés dormans, il nous préservera veillans j*. 

Sous la voûte de l'Hôtel de Ville, aussitôuprès la 
porte d*entrée, on lit ces mots gravés sur la pierre: 

PUGNATE PRO ARIS ET FÛCfSj LIBERA VIT VOS DOMINLS 

ANNO MDCiL C'esl rinscriptlon que les Genevois de 
jadis apposèrent sur leur maison commune en sou- 
venir de ce qui venait d'arriver. Combattez pour vos 
autels et pour vos foym^s. Le Seigneur vous a délivrés 
le n décembre iô02> 

Sur la tour du même bâtiment, du côté de la pro- 
menade de la Treille, les Genevois de notre temps 
ont placé une antre inscription qni rappelle que 
Genève après quinze années de domination étran- 
gère, a reconquis son indépendance, en 18i3 : 

m COMMÉMORATION 
DU XXXI DÉCEMBRE MDCCCXIK 

LES CITOYENS RECONNAISSANTS 
LE XXXI DECEMBRE MDCCCLXHL 

Le \% décembre , le 31 décembre, deux dates qui 
sont rapprochées sur la pierre et sur le marbre, 
comme elles le sont dans tous les cœurs genevois t 



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LESCALADE 



m* 



Pnissent-ellôs être à jamais pour Genève un 
appel, une leçon vivante I 

Puissent-elles enseîper aux jeunes générations 
les périls du passé, les devoirs du présentj et leur 
inspirer confiance dans Tavenir î 




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byGoOJ 



Nobles victimes 

(in memoriam) 




\ leur sang n^avait pas eoiilé^ 
' Que serais'tu, pauvre Genfeve ? 
Un petit bourgj morne, isolé, 
Un piiare éteint, noir, sur ta grève. 

Ils ont, lea braves de jadis, 
Afin que ta devinsses grande, 
Donné tout^ et mol je te dis 
Qne tu méritais cette offrande. 

Quels beaux lutteurs dans les combats t 
les rudes coups de l'épée ! 
Vraiment, rame de ces soldats 
Etait, «omme elle, bien trempée, 

Quand sous le dôme obscur des cieux^ 
Pour sauver la cité chérie, 
Ils mouraient j calmes et pieux, 
Saluant une autre patrie. 



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If 6 NOBLES VICTIMES 

La marbre oii s'épeUeui bura noms 
De Dieu prodame la patssance, 
TouSf devant Lui, nous eotoonons 
Un hymne de reconnaissance. 

Car le Seigneur fait les héros 
Digues d'une immortelle gloire. 
Et sa maiu cliange les tombeaux 
Eq des mon a m en ts de vïctdre I 



Aux sons du tocsin désolé, 
Tes hommes forts ont pris le glaive : 
Si leur sang n'avait pas coulé. 
Que sei'aJs-tUj pauyre Genève ? 



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At>rcs r€lscalade 



Charles GoTa, pasteur 




'est en effet one merveilleuse déli- 
vraDce que celle du 1S décembre 
1602, et nous comprenons fort bien 
qu'un écrivain qui vient de publier 
un drame à ce sujets ait pu lui don- 
ner pour titre : (f Genève sauvée ï j&. Cependant, 
est-ce que tout est terminé? Le geste que la tradi- 
lion prête à TL de Bèze, symbolisera- t-il le point 
linal? L'ennemi héréditaire va-t-il désarmer du 
jour au lendemain? Nos ancêtres étaient si con- 
vaincus dn contraire, que lorsqu'au 31 décembre 
le lac gela vers la Tour-Maîtresse, ce fut une 



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iSO APHÈs l'escalade 

appréhension nouvelle que les soldats dncaux ne 
Tinssent à s'introduire dans la ville. Et bien d'au- 
tres faits montrent que, réveillés désormais, les 
Genevois font bonne garde. Punir les envahis* 

seurSj reconnaître la vaillance des héros de la 
défense, Blandano, La Bamée, Oidoin, Isaac Mer- 
€im\ soit par des récompenses, soit par l'admis- 
sion à la bourgeoisie, faire monter vers Dieu des 
actions de grâce, c'était bienj mais il restait beau- 
coup à faire pour consolider la victoire, et c'est ce 
que nous allons raconter aussi brièvement que 
possible. 



L 



Le 44 juillet ^603, toutes les cloches de Genève 
sont mises en branle, des prières sont dites dans 
les temples, les écoliers en liesse se faufilent par- 
tout afin de se poster au passage d'un cortège à la 
fois solennel etjoyeujE, 

Trompettes sonnantes et tambours battants, le 
secrétaire d'Etat Gauîim- entouré des auditem^s et 
du sautier, parcourt les rues et s'arrête à chaque 
carrefour pour la proclamation de la paix* Tous les 
coeurs sont vibrants et les Genevois ne sont pas 
seuls à se réjouir, car les paysans de Savoie, s'em- 
pressanl nombreux dans cette Genève qui était le 



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A14tÈS L*ESCALÂDË it\ 

grand marché pour leurs produits, témoigneDt de 
leur allégresse et sont accueiLUs en bons Toisins* 

Ce fut une heureuse journée. Charles-Emmanuel 
avait fini par se résigner à traiter avec « ces mesu- 
reurs de velours^ ces courtauds de boutique » pour 
lesquels il professait tant de dédain. C*est non de 
son plein gré, mais de force^ qu'il y avait été con- 
duit. 

Le 15 décembre était arrivé un secours vaudois 
de 350 hommes. 

Le ^5 décembre, 100 soldats du bailliage de Gex, 
sujets du Roy. 

Le 28, plusieurs compagnies bernoises. Puis le 
maréchal deBouiihn^ de Villars avec M, de Diss- 
bach, de Berne, visitent les forlifîcatioiis qui, d'après 
leurs avis, furent consolidées; tous, hommes, fem- 
mes et enfants, se rendant à ce travail avec un 
entrain extraordinaire. Duplessis-Mornay envoie ses 
offres de service par son fils et obtient d'Henri IV 
la permission de lever un régiment pour venir au 
secours de ses cor religionn aires, A Berne, les 
députés Lect et Michel Roset réfutent sans peine les 
allégations de M, de Tourium, envoyé du duc, et 
ramènent avec eux deux compagnies de piquiers de 
Zurich et de Berne, Les villes de Bâie et de Schaff-^ 
house offrent de contribuer pour âOOO florins par 
mois. 

Quant à Henri IV, il avait admirablement reçu 
M, de Chapeauroiige^ sinon qu'il eut Tair de ne pas 



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_J 



122 APRÈS l'escalade 

comprendre lorsque l'ambassadeur de Genève parla 
argent ; pourtant il s'exécuta peu après. 

C'était plas qu'une Triplice. Devant ce concert 
européen où font leur partie l'Angleterre, la Hol- 
landej la Saxe, la Hesse, etc., voyant croître la 
mauvaise humeur du roi de France, Charles-Emma- 
nuel Hait par se relâcher de quelques-unes de ses 
prétentions. Mais il en a encore de singulièrement 
osées* Il réclame « le château de l'Ile, son effigie 
sur les monnaies de la ville, un cheval blanc à la 
Suint-Maurice de chaque année, en signe de vasse- 
lage, a C'est pire que l'Escaladé! » répliquent les 
délégués de la ville qui, en véritables républicains, 
avaient fait quelques temps auparavant à sembla- 
bles outrecuidances, cette déclaration aussi péremp- 
toîre que fière : « Tout citoyen qui oserait entrer en 
pourparlers sur les prétentions de S. A., mettrait 
m pàil sa me et son honneur ». 

Les conférences furent rompues et les Genevois, 
reprenant la campagne, s'en allèrent lever des con- 
tributions dans la vallée des Bornes et sur le Vua- 
che. Ils tentèrent, mais sans succès, de prendre le 
château d'Etrembières avec les échelles mêmes qui 
avaient servi à TEscalade. Le 2 février, le Conseil 
avait décidé de « courir le long du lac avec (a fré- 
gate », et Baudiùhon de la Maisonneiive sema la 
terreur sur les rives au moyen de deux frégates 
montées par une centaine de soldats, Thonon et 
Evian, en particulier, acceptèrent de pajer une 



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Simon GOULART, Pasteur (1543-1628) 

Auteur de : « Brief récit de ce qui avint d Genève U 
ûimanûke matin i2* jour de décembre Î602, pai' M, Qmi- 
lard^ Saint ■Ge>*i^aisan^ ministre du Saint Evangile, (du 
14 déc, 1602), Voir aussi pages : 6g, 109. 



L^EscAt^PK pur Hh DHiikiûger, A- GmUot, Ch» Goth \ Eggimann ëd, iSùi 



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APRÈS l'escalade 1^5 

contribuiion de guerre, el Btiuilichon raiaena iiére- 
ment quatorze barques clédarées de bonne prise. 
On voit par ce Irait que Tamiral suisse û^îi pas tou- 
jours été lin personnage légemliiire. Peu après, le 
capitaine Baud va enlever près de Saint- Didier le 
bétail du bar&ïi d\AvuUy^ ennemi acharné de la 
ville. 

« Les Genevois — dit M. H. Fa^y — s'étaient 
jetés dans la guerre avec un sombre et violent 
enthousiasme ; ils avaient puisé dans leurs convie- 
lions républicaines et dans leur foi religieuse l'éner- 
gie qui triomphe de tous les obstacles. » 

C'était plus que de Ténergie, c'était une audace 
extrême que de s'en aller avec deux compagnies 
seulement, s'emparer de Saint-Genis-d'AosLe^ située 
à la limite de la Savoie et du Dauphiné^ comme le 
fit le colonel de Nesde. qui parvint à s'y maintenir 
jusqu'au 31 mars, époque ou il périt dans une em- 
buscade avec son lieu tenant j M, de Bouchemllim^s^ 
et une vingtaine de soldats. 

M. de Viïlars accepta le commandement périlleux 
de cette place et fut remplacé lui-même a Genève 
par le héros du combat de Monthoux^ Ouil. de 
Clugny.^ barmi de Conforgien, que T historien Spon 
appelle « un brave et intrépide guerrier ». Quant à 
Saint-Genis-d'Aostej elle ne fut rendue au duc qu'a- 
prés la conclusion de la paix, malgré des djfllcultés 
sans nombre. Pour citer encore M, H. Fazy dans sa 
magistrale étude : « c'est presque un miracle que la 



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J 



1 26 APRÈS l'escalade 

petite garnison campée en pays ennemi ait pu se 
maintenir pendant trois mois, exposée à de conti- 
nuelles attat|ues et ne pouvant compter sur aucun 
secours immédiat )>• 

Tant de vaillance et de persévérante énergie ne 
furent pas inutiles. Charles-Emmanuel, après avoir 
fait épuiser par le président de Rochette toutes les 
tergiversations, toutes les ressources d'un procédu- 
rier aussi cauteleux que malin, finit par où il aurait 
dil commenoer, et le traité de Saint-Julien fut cou- 
ché sur parchemin, établissant la liberté de com- 
merce entre la ville et la Savoie, restituant les 
dîmes et accordant aux Genevois le droit de séjour- 
ner quatre fois Tan dans leurs biens en Savoie, à 
mndUiwi de 7ie pas dogmatiser. Le duc s'engageait à 
n'élever aucun fort et à n'entretenir aucune garni- 
son dans un rayon de quatre lieues des frontières. 
Il fut stipulé que Genève demeurerait comprise au 
traité de pair perpétiielle de Vervins. 

Telles sont les lignes principales de ce fameux 
traité dont les effets bienfaisants se feront sentir à 
travers les siècles et subsistent encore aujourd'hui, 
puisque la ^ï zone franche » de la Savoie est la con- 
firmation pure et simple de l'état des choses créé 
en ^ 603. Ce fut grâce aux efforts et à la sagesse des 
médiateurs suisses que la paix fut rétablie et la 
prospérité matérielle de nos contrées assurée ^ 

1 H. Fazf p E|ïoque de TEgcalade, p. 556. 



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APHÈS l'escalade \%1 



ïî 



ComraenL furent-elles observées par le duc, ces 
clauses du traité 7 Assez maL II ne contrevint pas trop 
effrontément à la lettre, mais il fut continuellement 
infidèle à l'esprit du traité et jusqu'à sa raorl surve- 
nue à Savillan, le 26 juillet 1630, il ne cessa de 
ressentir ce qu'un liistorien appelle plaisamment : 
« la faim de Grenoble et la soif de Genève ». L'in- 
sécurité demeura constante, chaque année amenait 
ladécouverted'un complot nouveau. 

Placée a quelques minutes du territoire savoyard, 
puisqu'on pouvait dire avec raison que le son des 
cloches de la ville était entendu de plus de Sa- 
voyards que de Genevois, accessible par le lac et 
n'ayant pour défense que des remparts longtemps 
médiocresj Geuéves ainsi que bien des lilstoriens 
Tont remarqué, dut son salut à un continuel mi- 
racle. 

Malgré Tinsatiable désir d'une éclatante ven- 
geance qui jusqu*à sa mort animera le fils d'Erama- 
nuel-Philibertj toutes les tentatives seront déjouées : 
les magistrats veillent et les citoyens ne dorment 
que d'uri œih La justice d'alors» odieuse dans ses 
procédés, informa continuellement. 

Nous serons brefs au sujet de Philibert Blondet et 
de son procès, dont les péripéties seraient trop lon- 



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i 



!^ APRÈS I/ESGALADE 

gues à raconter* Disons seulement qu'incriminé 

comme syndic de la garde, il fat a plusieurs reprises 
accusé d'avoir compromis le salut de Genève par 
une négligence voulue^ soumis à cinq sortes de tor- 
tures roué vif au Molardet ses membres dispersés. 
Fut-il vraiment coupable? Après l'attentive lecture 
des pièces du procès, c'est à la conclusion de 
M, H- Fazy (p, 469) que nous nous rattachons : 

« Les Genevois se croyaient inattaquables der- 
rière leurs remparts, et c'est leur confiance exagé- 
rée qui faillit les perdre, mais nous ne voyons 
aucun motif de supposer que Blondel ait manqué 
volontairement à ses devoirs. La trahison se prouve 
mais ne se présume pas, * 

Le frère de Ph, Blondel, Joseph, ancien procureur 
général, fut également en butte à de terribles accu- 
sations; mais, sorti victorieux des épreuves de la 
torture, il fut reconnu innocent et rétabli dans sa 
charge de notaire. 

IL n'en fut pas de même pour Piert^e Canal^ le fils 
de l'illustre syndic Jean, tué à la Tertasse, Accusé 
d'entretenir des accointances avec le duc, en écri- 
vant à une dame de Cbambéry dans un style con- 
venUj il avoua qu'il avertissait la cour de Savoie de 
ce qui se passait au Conseil dont il était le sautier, 
et fut brillé à petit feu le 2 février \ 6^ 0, après avoir 
été rompu vif. 

Un historien aussi attachant que patriote, M. le 
pasteur /. Péter, qui nous a été enlevé l'an dernierj 



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APjLÈs l'escâlade (29 

a donné dans ses Petites Chnmiquts (p. 244 et suivO 
une fraîcheur nouvelle aux événeiuBnts relatés par 
Gautier, Spon. Tiiourel, Picot et d'autres chroni- 
queurs Jl décrit avec verve les procès de Jean Moliiès, 
pendu puis écartelé le 28 avril 1610; celui de 
L, Comhowmm' du TewaiL décapité en automne de 
la même année avec son écujer La Bastide ; celui 
de Monneret, puis atissi le capitaine La Rudesse, qui 
viola le traité de paix et avoua avoir été mesurer 
avec Bronaulieu la liauteurdes murailles en vue de 
TEscalade; celui du sergent La Rivière, de son vrai 
nom GinUaiime Remllet^ de Soral, décapité au 
Moîard pour avoir offert au marquis de Lans de 
faire entrer les troupes du duc par le bonlevard 
Saint-Antoine, 

Parmi cette lugubre série, le jugement qui laissa 
les plus pénibles souvenirs fut celui de D.-4. CAe- 
nallat, d'une ancienne famille genevoisBj qui avait 
rendu au pays de grands services. Accusé de tralii- 
soD parsonbeau-frère A^icoto Leferî, il fut arrêté, sa 
maison de ville et sa ferme de Satigny furent visitées, 
mais sans rien faire découvrir de compromettant, 
D'après son dénonciateur, La Taille, il aurait offert 
au marquis de Lans de faire entrer dans la ville un 
jour de marché, iOO soldats en habits de paysans; 
une maison louée au bastion du Pin^ aurait permis 
aux conjurés de prendre ce dernier. Mis à la tor- 
ture, il avoua tout ce qu'on voulut, et se rétracta 
dès que le supplice eut cessé- Le 15 août 1618 il eut 



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<âO APRÈS i/eSCALADE 

la t^le tranchée, mais quelques temps après La 
Taille fut désavoué par le marquis de Lans, Le Con- 
seil s'élail trop hâté en condamnant un homme sur 
des dénonciations passionnées* 

Tous ces supplices, ces jugements hâtifs, ces 
aveux obtenus par d'épouvantables lortureSj telles 
que la question, les aiïres, la corde, la beurrière, 
Testrapade; ces horribles procédures que nous 
pouvons bien qualifier de criminelles, c'est Charles- 
Emmanuel qui doit en porter la responsabilité. 
Aussi sa mort fut-elle saluée par un immense sou- 
pir de soulagement, et comme ses successeurs ne 
recueillirent pas dans son héritage son esprit hai- 
neux, Genève put dés lors respirer et surtout conti- 
nuer, comme le dît Gaberelj jusqu'à la fin du XVIIP 
siècle sa double mission : la diiïusion des doctrines 
évangéliques et le refuge des proscrits réformés. 

A partir de ce moment, du restej la cour de Turin 
absorbée par les affaires d'Italie et rebutée par les 
échecs réitérés de sa politique au-delà des Alpesj 
ne se prête plus aux trames ourdies contre Genève 
par d'autresj et des rapports d'amitié et d'excellent 
voisinage se renouent entre populations faites pour 
s'entr'aider. 



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kvuLs j/escai.ade fSi 



III 




Qu'on nous perraelle de ciler une appréciation 
très êtevée iJes conséquences <1« TEricalade. Urée 
des Petites Chroniques de noLi-e regretté ami, 
M. Péter (p. 235) : 

« L'insuccès du coup de uifim, 1» victorieuse résis- 
tance des Genevois à l'entreprise de leur implaca- 
ble ennemi, furent d'une grande importance au 
point de vue de l'histoire générale. Ce fait d'armes 
presque insigniliant quant au nombre des comiaat- 
tantsetdes morts, constitue un événement. La vic- 
toire du duc, en lui enlevant sa ville de refuge, eût 
été fatale au parti huguenot ; sa défaite le renforça. 
Elle mit en évidence la vie de cette nationalité 
genevoise, formée d'éléments si divers venus d*un 
peu partout et dont la religion était le lien. Elle 
exalta la foi religieuse du petit peuple qui luttait 
si vaillamment pour son indépendance. L'injuste 
agression dont Genève avait été Tobjet et la vail- 
lante résistance qu'elle lui opposa, augmentèrent le 
nombre et l'atfection de ses amis. * 

Les preuves de ce que dit M* i*éter abondent. 
C'est Henri IV faisant les frais d'une garnison de 
300 hommes. Et vous savez si le brave Béarnais 
était dur à la détente. Il est vrai qu1l était engagé 
sur ce point par le traité de Soleure. 



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13)2 APHES l'escalade 

C'est à !a mort de Th. de Bêze, survenue trois ans 
après l'EscaLcide^ les témoignages les plus précieux 
de sympathie arrivant en foule aux magistrats et 
aux pasteurs. 

En 1606, c'est l'érection, dans le quartier de Rive, 
du bastion de Hesse ainsi nommé en reconnaissance 
d'un don de i 0,000 écus du landgrave de Hesse-Cas- 
selj avec celte inscription tirée du livre de Néhémie 
{ch, IV^ V- U) : tt Ne les craignez point, souvenez- 
vous du Seigneur qui est grand et redoutable, et 
combattez pour vos frèreSj vos fils et vos filles, vos 
femmes et vos maisons ». 

Puis, lorsqu'en 1610 le grand ami dfts Genevois 
tombe sous le couteau de Ramillac et que Tennemi 
héréditaire s'apprête à tenter un nouvel eiïort sur 
GenévO) c'est la ville se remplissant de soldats 
comme par enchantement : défenseurs et secours 
pécuniaires semblent sortir de terre- 
En 1613 c'estj comme pour Tb. de Bèze, un 
immense déploiement de sympalliie lors de la mort 
de Michel Roset, celui qui avait été quatorze fois 
syndic; qui, de l'alliance perpétuelle avec Berne 
jusqu'au traité de Saint-Julien j c'est-à*dire pendant 
près d'un demi-siècle, traita toutes les atfaires 
importantes de son pays; type du magistrat intègre 
et dévoué, qui vécut assez pour avoir vu refieurir 
cette Genève à laquelle il s'était donné corps et âme. 
On nous dira que cette sympathie était basée sur 
l'intérêt. C'est vrai en partie, soit pour Henri IV, 



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APIIES L*EÊCAI-ADE 133 

soit pour les BenioU à {[iii la l't^iiie Elbabetli fait 
observer, dans une lettre célèbre , que Genève est 
la clef du pays de Vaud, C'est vrai pour tous ces 
peuples protestants auxquels racadémie de Genève 
fournissait des conducteurs spirituels- Mais il y a à 
cette sympathie un autre motîfj c'est, disons-le sans 
orgueils radmiralion suscitée par la vaillance de la 
petite République et la conviction que la Rome pro- 
testante était nécessaire, indispensable dans le plan 
diviUj comme contre-poids à l'influence encore 
écrasante des doctrines du moyen âge. 

Noblesse oblige. Tant d'illustres amitiés, tant de 
soutiens précieux, tant de secours spirituels et ma- 
tériels incrustèrent au cœur de nos ancêtres le sen- 
timent indestructible d'une dignité sans égale. Et; 
dans le même temps, TËglise, afin d'empêcher 
Tesprit d'orgueil et d'infatualion, faisait retentir la 
parole apostolique : <^ Qu'as-tu que tu ne Taies reçu? 
Et si tu las reçu, pourquoi te glorifierais-tu ? lo 

Indépendance politique, indépendance spirituelle, 
tels sont les fruits de la délivrance de i602; c'est 
ce que reconnaissent tous les historiens, parmi les- 
quels nous nous plaisons à citer un écrivain pié- 
montais M. D. Carutti^ qui nous rend cet hommage : 

(t Si la lutte des Pays-Bas contre l'Espagne fut 
longue et glorieuse, non moins longue et non moins 
admirable fut la résistance des Genevois qui, les 
premiers, donnèrent l'exemple de ce que peuvent 
l'amour de la liberté et la foi religieuse»» 



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AIMIKS J. KSIlAr.VDE 



Paisse iïuLéb jeunesse s'inspirer de. ces nobles 
paroles Je l'historien de Ifi maison de Savoie, et 
cultiver l'amour du pavs, la passion de la libertéj 
sous le regard de « Ce que l'aino » à l'exemple des 
Jean Canal, des Michel Koset et des Théodore de 
Bèzef 





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iV^li Bï^'^**^^^''^^^-^ /*'** *'î\ ^â-^î^î^^'t^^^ tCV^ 




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Ce qu*é Taino 




É que l'aino, h Maître des batailles, 
Qqi n'a pas peur et se rit des caitajlleSj 
A bien fait; voir, li nonvean, CéUe fois. 
Qu'il entendait sauver les Genevois. 

Décembre au douze, m uue nuit bien noire, 
Dont à jamais nous garderons mémoire, 
lia sont venus, Tan mil six cent et deux, 
Tout dou(;etnent jusqu'aux fossés boueux. 

Elle grondait, soas nos murs, l'avalanche, 
D^s le malin d'un ghicial Dîmancfie ; 
Certainement nous tous, grands et petits, 
Sans le bon Dieu nous étions engloutis. 

Oui^ dans son bras réside la victoire ; 
C'est â Lui seul qu'en revient toute gloire ! 
Que son saint nom soit a jamais béni I 
Amen, amen \ Il a tout bien fini 1 



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S)ocumeiits 



DE LA COMPAGNIE DES PASTEURS 



RECOEILLI^ PAR 



J.-Eug, Chotsy. 



Escalade. 

Genèce gardée par la 

misérimrde de Dieu- 



Vendredi n décembre iêOS * 



De la surprise de la yille et d^ m change d'lcëllë. 

E dîmanché matin, \%'' de décembre 
t602, Tennemy pour rexécation de 
Tentreprise qu'il dressoit de long- 
temps contre la ville, et de laquelle 
on estoit bien adverti et de toutes 
pars j vint iivec environ uuze cens hommes tant in- 
fanterie préparée et armée de tout pour un tel 




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us DOCUMENTS 

effort, et de cavalerie (son Altesse estoit armé le 
soir de Turin aux Tramblières en poste) dedans le 
Plain Palais sans esLre descouvrer sur l'heure d'une 
heure après minuit. — Et dÈs lors eusl contimencéâ 
faire sa faction % n'eusL esté une espouvante que 
Dieu leur donna là sans siibjecl et qui les retint une 
heure, qu'on peutappeler notre sauveté. 

A deux lieures descent dans le fossé prés la Cour- 
ralière, deviint la mnison de sjre Peaget. à une 
sentinelle où il avoit remarqué qu'on ne mettoit 
personne, met quelques clayes et pose les escheles 
et monte jusques à trois heures et rael deux cens 
hommes dedans la ville sans estre ou peu découvret, 
surprend la prochaine sentinelle et la blesse, donne 
Tespouvanle au corps de garde de la porte neufve 
qui quitte la place^ prent la maison de Peaget. fai- 
sant rupture de la porte et de celle de voisins, prent 
la place de la porte de la Monnoye et crie : Ville 
prke ! Vim Es!pagne! Tue, lue, ih sont â nom! 

Se trouva hien peu d'ordre el de provisions pour 
repoulser cest inconvénient, lequel on aUendoit 
d'heure à heure de longtemps et duquel on estoit 
averti le soir mesme par exprès* Se trouva tant et 
plus d'estonnement par faute du debvoir i\\i% avoit 
falu faire pour n'estre pas surpris. Dieu donna 
cœur â beaucoup de gens de bien d'accourir vers 
l'ennemi, dont les ungs y moururent en gens de 

* Attaque. 



l 



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Le soldat Isaac Mercier.., fit tomber la lourde herse... Page 81. 
L*£iCALADB, par H. Denkinger, A. Gaillot, Ch. Goth; Eggimann, édit. 1902. 



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/ 



ftK/OfE 







La meilleure des gravures de l'Escalade d'après un tableau conseï 

(milieu du 



L'EscAKADE par H. Denkinger, A. Guillot, Ch. Goth; Eggimann (dit. 1902. 

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^ à la Bibliothèque publique (Salle Lullin), attribuée à Fr. Diodati 
:VII« siècle) 



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DOCUMENTS 



if& 



bien, les auitres cornbultans repotilsèrent l'ennemi 
de la place de la porte de la Monnoye et de rentrée 
de la ville qu'il prenoit par là. Lesaultres te repout- 
sèrent de chez le sire Peagel. 

Les aultres le repoul surent de la porte Xeufve oti 
il applicoit le pétart pour donner ouverture à son 
gros qui estoil en Plain Palais el qui desja avoît 
chanté victoire avec ses trompettes et tambours. 
Donc conséquemment ilz le suivent et rangent dans 
le chemin de la Courratière et sur ce pavé à Ten- 
droit du lieu par ou ils avoyent monté; où battu 
d'arquebusades qu'on luy Uroîtpar les fenestres des 
maisons qui regardent sur cette place et endroit de 
muraille, pressé d'aultre part et par devers la Mon- 
noye, et devers la porte [Veufve et par ceux qui des- 
cendirent de la porte Tartasse, [l'ennemyj print 
l'effroy et commença les ungs à se précipiter par 
les eschelles que le canon qui joua du boulevart de 
rOye et de la Monnoye avoyent peu rompre si elles 
ne s'estoyent ja rompues souhs le fais; ou soit sau- 
ter la muraille comme ils peurent. — Les aullres 
demandèrent la vie, les aultres furent tuez sur la 
place, laquelle nous demeura par l'inlinie miséri- 
corde de Dieu. 

Cependant dès le premier commencement de leur 
succès, ilz avoyent dépesché homme au duc, que ses 
gens estoyent dedans, puis un auUre qti'ilz estoyent 
maistres de la ville. — Donc le duc aux Trambliè- 
res où il esloit lit sonner la joye avec trompettes et 

10 

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1 46 DOCUMENTS 

tambours ; mais parce qu'il fut une heure sans avoir 
nouvelles, il commença à en rabattre, puis du. tout 
reçeut les mauvaises nouvelles que les siens avoient 
esté repoulsez et toute sa noblesse estoit perdue, — 
faut noter que durant sa courte joye son secrétaire 
Ronca alla où le soir où ils avoyent détenus prison- 
niers quelques citoyens et bourgeois de cesteville, de 
peur qu'ilz vinssent apporter des nouvelles en la 
ville, ou afin qu'ilz eussent des contregages si 
leurs affaires prenoyent mal, et leur disoit que la 
ville estoit prinse et qu'il falloit tuer et exterminer 
tout le reste des huguenots. C'estoit là leur bon 
dessein. 

On se pourroit aussi esbahir que comme la raison 
de la guerre portoit ils ne donnèrent [l'assaut] en 
plusieurs lieux de la ville pour nous estonner et 
distraire? A quoy la responce est que leur conseil 
estoit bien tel et quelques gens estoyent assignez pour 
bailler à Saint-Antoine, mais quand il ouyrent son- 
ner la joye au cartier de la Monnoye, devers la 
porte Neufve et [crier] : Ville gasgnée, ils quittèrent 
leur dessein pour plus commodément entrer avec les 
aultres par l'ouverture qu'ils pensoyent estrejafaitte, 
en quoy ils furent deceus, trouvans que le canon 
jouoit et que leurs gens estoyent repoulsez. Et 
fallut que tous pensassent à leur retraite avec le 
S' d'Albigny, lieutenant-général du duc, qui les 
avoit accouragez à monter tenant luy mesme le 
pied de Teschelle. 



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DOCUMENTS 1 47 

Ils laissèrent ^3 prisonniers dorU y avoit de 
genlilsliommes le baron de Sonas^ le sîenr de 
Chafardon et M, d'Ati^nac, des plus grands, vail- 
lans et favoris du duc; un aultre gentilhomme de 
Daupbiné et quelqu'aulre ou deux jeunes et de belle 
marque apar tenants â d'Albigny^ qui tous treze 
furent condamnez à eslre pendus et estrangléz et 
furent exécutés incontinent au dit Loulevart de 
rOye. 

Des mors en demeura sur la place des leurs de 
60 ou 70, Ils en ont ramenés que mors que blessez 
six ou sept vingts, mais qui nous coustent sèze des 
nostres qui demeurèrent mors et plusieurs aaltres 
tocs gens de marque et de valeur dont j'espère 
que les noms seront marqués ailleurs et que 
Genève se souviendra [ à ] jamais de la grande mi- 
séricorde de Dieu qui Ta Urée d'un si grand danger 
et ruine tolalle par sa seule main, pour luy en ren- 
dre grâces et s'amender, qui est le seul moyen d'es- 
pérer en la protection de Dieu pour après si avec 
vrayes prières nous la recliercbons. 

(Jiegiitres de la V. Compagnie^ voL C, 
f ' 75 d^ et ês.) 

Lejmne, Vendredi. 47 décembre ^602. 

A esté advîsé de la célébration du jusne pour ren- 
dre grâces à Dieu de son secours à nostre délivrance 
et pour le prier ^qu'll nous délivre de noz ennemis 



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^ 48 DOCUMENTS 

qai se roi dissent et semblent se disposer avec tou- 
tes Leurs forces h nous assaillir de plus près et à 
toute ouUrance La chose proposée a Messieurs : ilz 
ont trouvé bon qu'on le célébrast mardi prochain. 
Ce qui a esté faitte avec grande attention et dévotion 
de tous comme il a semblé. Dieu vuelte nous sup- 
porter et couvrant nos faultes et péchez accepter 
nos infirmes prières et sacrifices pour nous couvrir 
de sa sainte main paternelle contre noz ennemis 
blasphémateurs de son saint nom dont nous avec 
tous les siens le puissions louer et lu y estre un peu- 
ple pour le servir,.. 

Que le temple de Saint-Germain du quel on s'est 
servi depuis quelque temps àroccasion du froiJ se 
trouvoit du tout Incommode et en oultre que les 
assemblées qui sont aujourdhuy plus grandes et 
fréquentes ny pouvant estre commodément , que 
Messieurs donc seront advertis de remettre Texer- 
vice des sermons à S* Pierre. Messieurs estoyent ]a 
en ceste délibération voyans bien les incommoditez. 
Et ont ordonné que dimanche et delà en avant on 
presclieroit au temple de S^Pierre. 

(R. V,C.,ml Cyf^7ôt^^et77), 

Ré^imition de prières 
extraordinaires. 

A esté conféré en la Compagnie sur le désir de 
plusieurs gens de bien de la ville sil seroit possible 



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Jacob ANJORRANT, Premier syndic (15664648) 

Auï temps leiï pluts s ombrer d& la République Genevoiiie, 
ADJorraot fut envojù en Alleiaagne et en Hollande eollecter 
en faveur de Genève» 11 fit aussi panie de la d*;rnifere dépu- 
t&tion envoyée en lt>01 k Turin auprès du duc. Voir page 63. 



L'£ecali[>b parH.Dfinkîiigerf a. Goillut, Ct^ Cloth^ Eçgimann éd. îlKfS 



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DOCUMENTS 151 

d'adjouster des prières extraordinaires à celles qui 
se prattiquent mamtenant en ceste Eglise. Mais il 
n'a semblé possible. Suffiront d'animer celles qui 
se font et les eschauffer par bonnes exhortations 
qui respondent à la circonstance du temps. 

(iî, F. G., wL G. f 77) 

Pasteurs assignés en Ve^idredi Î4 décembre. 1608 
diverses placts de la 
mile et boulemrU 
pour k^ pri&res et ac- 
courafjement des soldats. 

Par ce que nous craignons ancores des assauts de 
noire ennemi selon que tous les jours nous auons 
diverses alarmes et nouvelles menaces la Compa- 
gnie a trouvé bon qu'en ce cas chascun se trouvast 
en une certaine place ou beulevart pour estant ainsi 
dispersés parmi les soldatz servir par tout par bon- 
nes exhortations à ce que tous en la vertu de Dieu 
sacqui tient vertueusement de leur debvoir. 

D'un tableau sur les Vendredi 7 janvie?^ iûOS. 

tusM pour la patrîs. 

A esté aduisé qull n'est pas bon de mettre sur la 
cimetière le tableau qu'on a ordonné pour ceux qui 
sont mors pour défendre leur patrie. Et qu'il seroît 
plus séant de le mettre snrle lieu du conflit ou bien 
où il plairoit à Messieurs. Et de ceci les raisons ont 
esté rendues amplement. 



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à 



^52 



DOCUMENTS 



Etablissement d'un duca- 
ton dtestrène à Mercier qui 
abaissa la coulisse. 

Qu'on fera présent d'an ducaton de l'argent de la 
Compagnie à un povre garçon blessé au jour de 
noslre danger et qui avoit fait ce bon service à la 
ville que d^abattre la coulice. 




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TABLE DES MATIÈRES 



Préface, par Ed. Latour ,.,..... 5 

L'ange du Seigaeur, poésie par Ch. Bonifas . . li 

A V a n 1 1 'Escalade , réci t h\ storique pa r H . Benki n ge r 13 

Cantate, par D. Delétra 67 

L'Escalade, récit historique par A. Gui I loi . , , 71 

Nobles vîctimesj poésie par J.-L. Boissonnas . . Ii5 

Après TEscalade, récit historique par Ch . Goth . 119 

Ce qo'é l'aino, traduction en ver* par H. Rrehricli 137 
Documents extraits des registres de h Compagnie 

des pasteurs par J,-E. Choisy 14i 



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TABLE DES ILLUSTRATIONS 



1 . Rédactiott de Taffiche du centenaire, par Ph 

Serex , . . . 

2. Épéede Brunanlien, par Ed. Vallet , , 

3. Alarnfie ! par Ph. Serex 

4. Echellti double ies Savoyards, par Ecl, Vallet 

5. Michel Roset, d'après une eau-forte de Grand 

6 . La mère Royaume, par Ph . Serex . 

7 . Echelle des Savoyards^ par Ed . Vallet 

S. Marteau des Savoyards pour briser les i^haînes, 

parEd, Vallet 

9. J. Savion, d'après une eau-forle de Grand 

10. Pétard pr faire sauler les portes, par Ed. Vallet 

11. Casque du pélardier Picot, par Ed. Vallet 

12. Dame Piaget, par Pti. Serex .... 

13. Simon Goulart, d'après une eau-forte de Grand 

14. Lanterne sourde des Savoyards^ par Ed. Vallet 
lo . La herse de la porte Neuve baissée, p, Ph . Serex 

16. J. Anjorrantj d'après une eau-forte de Grand. 

17, Réduction de la gravure de l'Escalade attribuée 

à J. Diodati 





33 
44 
51 

69 
78 

83 

87 

91 

97 

lOS 

123 

134 

143 

149 



H- B- Les N" 2, 4, 7, 8, 10, 11, 14, mut empruntéa k !a bro- 
chure 1 V Escalade par A. Guillot. 

Les N" 5| 0, 13, 16 proviennent de& ; Fragments histo- 
riques de Grenus. 

LoB N^' 1 , 3, 6i 12, 15^ ont été composés pour la présente 
publication. 



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ACHEVÉ DIMPRIMER POUR LE CONSISTOIRE ET 

LA COMPAGiME DES PASTEURS DE L'ÉGLISE 

DE GENÈVE, LE 1er NOVEMBRE 1903 PAU 

LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE D'IMPRIMERIE 

SUCCESS. DE CH. EGGIMANN ET O'^ 

RUE PÉLISSEKIE, 18, A GENÈVE 




«...Goog. 



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